El Amor Brujo de Israel Galván © Daniel Mpantiga
Critiques Danse Musique

Israel Galván

Le danseur sévillan se rêve en femme gitane et reprend à son compte l'intrigue de El Amor Brujo, l'œuvre musicale de Manuel de Falla chorégraphiée en 1925 par La Argentina. Au festival Flamenco de Nîmes, il redonne vie à des rythmes entendus depuis son enfance.
Par Nicolas Villodre publié le 21 janv. 2020

Israel Galván, dans sa logique d’œuvre en cours, poursuit une recherche qui tient de la quête du Graal. Il prend cette fois-ci pour prétexte ce qui pour lui est certainement une scie musicale, en même temps qu’une pantomime : El Amor Brujo (1915), composition pour musique de chambre et chanteuse de flamenco en 16 tableaux, de Manuel de Falla.

Dans un intéressant entretien accordé au Midi libre, le bailaor rappelle en effet avoir entendu cette musique, « une bande sonore familière dans toutes les académies », depuis sa plus tendre enfance. L’Amour sorcier ayant fini par devenir pour lui « plutôt une souffrance. » On peut comprendre a posteriori qu’il ait disloqué la partition de fond en comble et lui ait substitué les pages que Manuel de Falla avait voulu écarter, qu’un musicologue, un historien ou un archéologue a retrouvées dans les archives du compositeur. Toujours est-il qu’à partir de cette musique qu’il n’avait « jamais voulu danser », plutôt qu’à partir des versions dansées créées à Paris au milieu des années vingt, par Antonia Mercé dite La Argentina, Galván a voulu se trouver « une nouvelle personnalité » autour de laquelle broder sa pièce.

 

Opéra de salon

Nous sommes donc loin du respect qu’il a exprimé vis-à-vis du Sacre du printemps d'Igor Stravinsky dans sa version remaniée La Consagración de la primavera qui semble lui avoir posé moins de soucis ! Le personnage en question est ici une femme, sans aucun doute celui du livret de L’Amour sorcier : la gitane Candela, hantée par le fantôme de son amant, lisant l’avenir dans les cartes. Quoique la démarche de Galván soit théâtrale, il n’a pas cherché à jouer un rôle : « Dans ce spectacle, je ne me travestis pas, a-t-il déclaré, je suis une femme. » Façon Actors Studio, il a puisé dans son cerveau reptilien pour se remémorer les rôles de femmes qu’il apprenait ou observait au cours de sa formation de danseur. Pour ce qui est de la restitution musicale, il fait appel, non à un grand orchestre, mais à un musicien talentueux, Alejandro Rojas-Marcos, qui s’est exprimé sur un piano droit. Et, invité l’un de ses chanteurs fétiches, David Lagos, lequel a repris des airs de ce court opéra, un monologue invoquant Satanas et Barrabas et aussi mixé des chants en playback de La Niña de los Peines.

« J’ai voulu faire comme si j’étais dans mon salon. » Il est vrai que la pièce de Galván est plus proche d’un opéra de chambre, d’un hörspiel ou d’une dramatique radiophonique que du ballet-pantomime auquel l'œuvre originale nous a habitué. Le danseur réapparaît enfin « en homme », incarnant le fantasme de la gitane vêtu d’un élégant smoking comme ceux que portait Fred Astaire du temps où il dansait avec sa grande sœur Adèle. Au final, c'est tout l'opus d'El Amor Brujo qui a été, sous les doigts de Galván, restructuré.


> El Amor Brujo de Israel Galván les 18 et 19 janvier au Théâtre de Nîmes dans le cadre du festival flamenco ; les 23 et 24 janvier à la maison de la musique de Nanterre