<i>Elle</i> de Paul Verhoeven, Elle de Paul Verhoeven, © D.R.
Critiques cinéma

Elle

Cannes 2016 (3/14)

Pour son premier film tourné en France, Paul Verhoeven adapte un roman de Philippe Dijan avec Isabelle Huppert dans le rôle titre. Un film noir sans suspense, foutraque et attendu. 

Par Nicolas Villodre publié le 22 mai 2016

La récup verhoevienne en Franchouillie passait forcément (c’était à craindre, comme le pire, donc, en somme, probable) par :

* l’adaptation d’un – si possible – roman « noir » (comprendre : trash); 

* écrit – tant qu’à faire – par un auteur à succès (Philippe Djian, pour ne pas le nommer, dont la surcote doit, quand même, faudrait pas l’oublier, un peu beaucoup à Jiji Beinex et à La Béatrice Dalle);

* tiré – dans la mesure du possible – d’un fait divers réel (c.à.d. ayant vraiment eu lieu quelque part, de préférence dans l’est, le nord ou bien alors côté pays nantais : c’est cette dernière possibilité qui a finalement été retenue).

Avec – ça va de soi – des acteurs (ou comédiens, c’est comme vous voulez!) bankables (= le contraire de banqueroutables ou de branquignolo-redoutables), même s’ils n’ont plus l’âge du capitaine, des décors bourges, mais pas trop, pas du 7e, plutôt d’une banlieue proche, genre Malakoff. Et une morale immorale (happy end pour couple postmoderne un peu lesbien sur les bords), mais tout aussi machiste que le reste des élucubrations d’adolescents attardés.

Tout y est donc, dans ce film « Palmable », bêtement, machinalement trop long, fait qu’avec des scènes d’intérieurs, reconstitués en studio ou pas, l’important n’est pas là. Des actrices retouchées, ayant à en rire jaune, les dialogues l’exigeant. Un tragi-comique cumul de tares, par conséquent, chez les personnages principaux. Fille (complice ou victime ? à partir d’un certain niveau, la question perd de son sens) d’un « serial killer », Isabelle Huppert, joue (à) la femme violée et qui finit par aimer ça (c’est bien connu, elles n’ont que ce qu’elles méritent ou cherchent toutes…). Violée à maintes reprises, flashbacks, hallus et redemandes incluses, par un voisin pas très catholique (ou plutôt si!) joué par Laurent Lafitte qui a de faux airs de Michel Leeb (celui-là même qui se permettait de mettre en boîte de réputés cinéastes lors de la cérémonie d’ouverture du festival de Cannes).

Certes, c’est cru. Bien joué par toute la troupe. On est ravi de voir des comédiens de théâtre faire ce qu’ils savent faire de mieux : du théâtre mais au cinéma. D’entendre Judith Magre. De revoir Huppert, même en train de refaire du Huppert. Les dialogues sont amusants. En outre, on n’a pas à s’angoisser puisqu’il n’y a aucun suspense.

 

Elle de Paul Verhoven, sortie française le 25 mai 2016.