Encore plus, partout, tout le temps du collectif L'Avantage du Doute © Jean-Louis Fernandez
Critiques Théâtre

Encore plus, partout, tout le temps

Dans un paysage culturel à nouveau mis à l’arrêt, une bande d’irréductibles comédiens réfugiés dans le théâtre de Nîmes s’acharne à jouer les chauffeurs de salle. Encore plus, partout, tout le temps, nouvelle création du collectif L’Avantage du Doute triture à bâtons rompus les angoisses contemporaines et rappelle la joie des conversations menées avec passion.

Par Agnès Dopff publié le 16 déc. 2020

Macron nous l’a promis : nous l’aurons, notre Noël en famille. Alors pour préparer le terrain, rien de mieux qu’une petite remise en forme avec les membres du collectif L’Avantage du Doute, déjà passés maîtres dans l’art du débat de société en grande tablée. Face à une salle chichement occupée par les quelques pros autorisés – confinement oblige –, la joyeuse bande de Judith Davis ne lâche rien, et sème avec entrain les graines de discorde qui feront la saveur de cette nouvelle création. Ici, pas le temps pour les faux-semblants : le décor a été bricolé à la hâte avec de la récup’ filée au pied levé, merci les copains d’être venus gonfler la jauge du public, et tu parles d’une ambiance pour une première de théâtre. Bernard, l’animateur, n’aura même pas pris la peine d’enfiler un jeans, et c’est donc en slip kangourou et blouson de biker qu’il accueille les spectateurs dans un flot continu de jeux de mots plus ou moins distingués.

Comprenez, pendant qu’on est là à chauffer nos sièges, la banquise fond, les poissons bouffent du plastique et les bonhommes buguent encore devant le mystère du programme laine. Alors pardon, mais les personnages d’Encore plus, partout, tout le temps ont bien de quoi être un tantinet sur les nerfs. Malgré les toges improbables qu’ils arborent tous, les cinq protagonistes de la pièce semblent plutôt particulièrement conscients de leur époque. Dans l’espace encombré d’une scène aux allures d’intérieur en ruine, ces trentenaires en pleine crise d’éco-anxiété ne manquent pas une occasion de se consulter, se questionner, se confronter. Ils sont jeunes, parfois nouvellement parents, ils se renseignent sur le glyphosate et déplorent le productivisme frénétique. Ils ont aussi lu sur la charge mentale, s’inquiètent pour les prochaines générations, et finissent surtout par ne plus savoir comment s’y prendre, coincés entre leurs habitudes, leurs intentions et leurs idéaux.

Alors dans l’intimité d’une fin de soirée, lors de la visite d’une vieille amie ou d’une ancienne collègue, toutes les occasions sont bonnes pour retrouver quelques points de repère. À défaut de prétendre délivrer de grandes vérités, Encore plus, partout, tout le temps rappelle la joie féroce des débats enflammés, des réflexions à plusieurs et des querelles pour s’appliquer à faire un monde commun pas trop claqué. Bref, de l’art nécessaire du conflit, et avec lui celui de la rigueur, de la nuance et de l’écoute. Et si Macron manque à sa promesse, il sera toujours temps, à l’image du personnage de Maxence, de se planquer dans un costume d’ours blanc, sans doute la tenue la plus appropriée pour conserver un peu de chaleur en attendant le retour des beaux jours.

 

> Encore plus, partout, tout le temps du collectif L’Avantage du Doute a été présenté en séance professionnelle les 17 et 18 novembre au Théâtre de Nîmes. Le 14 janvier à La Mégisserie, Saint-Junien ; le 23 janvier au Théâtre de Rungis ; du 26 au 28 janvier au Théâtre Nouvelle Génération, Lyon ; les 2 et 3 février au Lieu Unique, Nantes ; le 16 février au Rive Gauche, Saint-Etienne-du-Rouvray ; les 7 et 8 mars au Théâtre Jean Vilar, Vitry-sur-Seine ; du 19 mars au 27 avril au Théâtre de la Bastille, Paris