ENDO de David Wampach © Martin Colombet

ENDO

Foutraques et sans limites, dans ENDO, le chorégraphe David Wampach et sa complice Tamar Shelef semblent plus soucieux de la matière que de la perfection du geste. Et c'est tant mieux. La création de 2017 à voir au Carreau du Temple à Paris cet automne, éclabousse le plateau de litres de peinture pour convoquer l'héritage brut et salissant de l'art performatif.

Par Léa Poiré publié le 18 nov. 2019

Dans ENDO, le chorégraphe David Wampach, avec sa démesure caractéristique, se jette dans l'héritage du happening, de la performance, de l'action-painting. Double négatif de l’exotisme, « l’endotisme », qui donne son nom au duo, consiste à se renouveler par ce qui nous constitue. « J’étais à un moment de mon parcours où j’avais ce besoin puissant de re-questionner ce que j’étais en train de faire. Je voulais faire tabula rasa. Mais avant de se dire je change de vie, de travail, de femme, de logement, avant de changer radicalement il faut d’abord changer de l’intérieur, explique le chorégraphe, avant de continuer, je me suis dit que c’est en travaillant avec des gens que je connais depuis très longtemps que je pourrais me transformer. »

C’est donc avec la performeuse Tamar Shelef, avec qui il travaille depuis plus de dix ans, et en puisant dans une rencontre décisive avec l’œuvre polymorphe de Shuji Terayama au Japon, que David Wampach renouvelle ce qui le ronge de l’intérieur : la matière performative, brute et salissante. Dans la pénombre, une silhouette à demie nue rencontre le plateau où trône un large rectangle blanc, tel la coupe architecturale d’un white cube. La moitié d’un tablier de peintre sur le corps, ses mouvements furètent, cherchent. Un autre personnage entre dans cet atelier, David Wampach sexe protégé d’un gant de caoutchouc, réincarne l'Experimental dancer de Paul McCarthy, plasticien de Los Angeles longtemps considéré comme sulfureux et marginal dans les années 70'.

 

 

Le prologue passé, les deux protagonistes plongent la tête la première dans la matière. Des flots de peinture sur le corps, ils se traînent au sol, se plaquent contre les parois, éclaboussent et se barbouillent en convoquant les performeurs du XXème siècle. « Je ne voulais pas qu’on soit seulement des pinceaux, mais plutôt embrasser une pluralité. J’ai eu du mal à citer Yves Klein mais il est là, comme le mouvement Gutaï ou Ana Mendieta. » Tachante et dégoulinante, laissant derrière elle une grande fresque abstraite, la pièce fait sortir la danse de ses rails traditionnels pour glisser vers des corps davantage inquiets de la matière que du geste.


> ENDO de David Wampach les 28 et 29 novembre au Carreau du Temple à Paris