<i>Parcelles</i> de Nans Martin, Parcelles de Nans Martin, © D.R.

Exercices de style

Nans Martin

Dans le cadre du festival Faits d’hiver, Nans Martin signe une chorégraphie théâtrale en trois temps, à travers des duos où les acteurs incarnent la quête de l’autre et ses échecs. 

Par Alice Bourgeois publié le 3 févr. 2016

Parcelles, la deuxième création de Nans Martin, jeune chorégraphe de 31 ans originaire de Grasse, est conçu comme un « laboratoire pour une création à suivre ». Construite en triptyque, elle dessine des trajectoires contrastées, à partir de notions de mouvement simples.

Un premier tableau très solennel, interprété par l’artiste lui-même, dépeint une « tension », qu’on dirait amoureuse, entre deux individus appelés à fusionner. Comme s’en explique Nans Martin, à partir des notions « traverser-être traversé », c’est le jeu de résonance entre l’initiateur du geste et son imitateur – soit l’art du passage du relai entre le chorégraphe et son interprète – qui est ici visé ; le rythme lent de La marche funèbre pour la reine Mary et le piano mélancolique de Sylvain Ollivier permet d’accentuer la décomposition du jeu d’échos. L’art chorégraphique, semble nous dire aussi la pièce, une histoire d’amour ?

Le chorégraphe prend ensuite son auditoire par surprise en changeant catégoriquement de registre. Une lumière aveuglante, des riffs de guitare échevelés, des sautillements frénétiques : la musique (d’action), le mouvement sature le plateau. Les danseurs amorcent la scène d’un combat de boxe …. mais non, suspense, chauffe sur le plateau, arrêts statufiés sur image, coups volontairement manqués, le combat ne survient que dans les dernière secondes…

Le dernier duo prélude à un regain de sérénité. Dilatée dans l’espace, la chorégraphie s’appuie sur un acte recommencé sans cesse : celui de tomber, puis de se relever. La ritournelle du groupe de chant polyphonique occitan La Mal coiffée permet à une jeune fille aux cheveux courts et son partenaire de déplier, malgré la mécanique quotidienne qui les enferme, des gestes amples et épanouis.

Parcelles s’intercale entre une première création, Muô, qui rendait hommage au théâtre japonais et le spectacle D’œil et d’oubli, prévu pour le festival d’Avignon de 2017. Il correspond à trois « exercices de style », déconstruisant le geste familier pour permettre au jeune chorégraphe de mieux se l’approprier et le réinventer. La pièce pourrait aussi bien décrire les trois moments de la construction chorégraphique, de la transmission à la décomposition du geste, avant l’achèvement, qu’à ceux d’une même histoire d’amour : la quête, le conflit, puis l’harmonie. Il donne enfin corps aux états d’âme, universels, de personnages sans ancrages, en lutte, dont la vie intérieure éclate sous nos yeux pour finir par se diluer dans la musique.

 

Parcelles de Nans Martin a été présenté les 27 et 28 janvier à Micadanses, Paris (festival Faits d’hiver).

Tournée : le 19 février au CDC Avignon (Les hivernales) ; le 8 avril à Mains d’œuvre, Saint-Ouen (Les incandescences).