<i>Fais de beaux rêves</i> de Marco Bellocchio Fais de beaux rêves de Marco Bellocchio © D. R.
Critiques cinéma

Fais de beaux rêves

Cannes 2016 (4/15)

En ouverture de la Quinzaine des réalisateurs, Marco Bellocchio présentait Fais de beaux rêves, adapté du roman autobiographique de Massimo Gramellini, journaliste à La Stampa. Drame intimiste autour d’une blessure d’enfance.

 

Par Nicolas Villodre publié le 22 mai 2016

Un peu diffus, peut-être. Sans aucun enjeu politique ou social. On est ici dans un drame psychologique. Quelques décennies d’histoire italienne avec ellipses mais aussi, paradoxalement, redondances – jusqus au nombre d’interprètes chargés de matérialiser le personnage principal à différentes périodes de sa vie : enfance, adolescence, âge adulte. Des trous de mémoire – aucune évocation ou simple mention de la stratégie de la tension, des années de plomb, des Brigades rouges ou de la contestation estudiantine : la seule manifestation publique étant sportive, avec le héros et son père se rendant au stade de foot local supporter leur équipe, la Juve.

On passe de l’année (« érotique ») 69, celle de la fin des yéyés, du twist et des émissions de variétés en noir et blanc d’une Rafaella Carra à celle de la Guerre de Bosnie que doit couvrir le protagoniste – promu reporter de guerre après avoir débuté au supplément sportif du quotidien centenaire La Stampa. En dehors du flashback qui est parfaitement sous contrôle, le montage du film semble avoir été problématique, le récit (de 2h15, mazette !) étant bercé de temps morts et de séquences trop allusives, c.à.d. indéchiffrables par le commun des mortels – on pense à la cérémonie de deuil rappelant l’accident d’avion connu sous l’appellation « drame de Superga » qui avait décimé en 1949 l’équipe du Torino footbal club au complet – exceptés Sauro Tomà et le mythique Ladislao Kubala qui avaient manqué le vol.

En revanche, on notera les excellentes idées de la part d’un metteur en scène qui ne se borne pas à illustrer fidèlement le roman autobiographique de Massimo Gramellini, Fai bei sogni, ayant inspiré le long métrage, comme celle du travelling en tramway, dès l’entame, dévoilant peu à peu les faîtes des statues et monuments jalonnant Turin, pris en contre-plongée, ce qui peut permettre de reconstituer le parcours de l’enfant et de sa mère – l’errance prolongée d’un tour supplémentaire de ce manège en tram étant l’indice d’un mal de vivre. Le cri, suivi d’une agitation dans tout l’appartement, dont ni le fils ni le spectateur ne savent l’objet, même s’ils sont susceptibles de l’augurer, maintiennent le doute tout au long du récit. La nostalgie fonctionne à plein, en partie grâce aux chansons populaires qui ponctuent le film, ces légères traces d’un passé relativement récent étant profondément ancrées dans la mémoire collective, en partie par les aller-retour sur les liens mère-fils – on pense en particulier au jeu de cache-cache dans l’espace confiné du placard du foyer familial.

Co-production franco-italienne oblige, la distribution a fait appel à des actrices hexagonales de renom (Bérénice Bejo, Emmanuelle Devos). Néanmoins, selon nous, une mention spéciale revient de droit à l’enfant comédien qui apporte de la densité au drame, pour son personnage, inconcevable, absurde, inacceptable qu’est la perte de la mère : Nicolò Cabras.

 

Fais de beaux rêves de Marco Bellocchio, sortie française le 14 décembre.