Nkisi © p. DR
Critiques Musique

Festival Nextones 2021

Ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion d’assister à d’exaltants concerts entre terre et ciel, dans les profondeurs d’une vallée alpine du nord de l’Italie. Retour sur Nextones, émanation du festival Tones on the Stones, qui concilie préoccupations environnementales et musiques électroniques.

Par Julien Bécourt

 

Une petite route sinueuse, parsemée d’osterias (l’équivalent italien du bistrot), de pizzerias et autres trattorias (sorte de brasserie), et nous voilà dans le Val d’Ossola. Depuis 2014, cette vallée perdue qui surplombe le Lac Majeur accueille le festival Nextones, à l’emplacement d’une carrière de marbre et de granit. C’est l’agence milanaise Threes qui s’est vu confier la direction artistique de cette sixième édition, partagée entre ciel et terre, gigantisme post-industriel et workshops écolos en petit comité. 

Initialement prévu dans un canyon, mais impraticable en raison des crues, le concert de Tomoko Sauvage se déroule finalement sur les vestiges d’un hameau en ruines, à flanc de montagne. Équipée simplement de bols remplis d’eau et de micros-contact étanches dont elle module délicatement le feedback, Tomoko Sauvage génère une musique électro-acoustique qui se fond littéralement dans l’environnement : les sonorités minimalistes se mêlent aux aboiements d’un chien, aux torrents d’une rivière mitoyenne ou au carillon d’un clocher. Le second jour, lui, est placé sous le signe d’une expédition dans la montagne. Cette randonnée pédestre en rang d’oignons, guidée par un géologue qui relève davantage du moniteur de colo new age que de René Daumal, est surtout un prétexte pour découvrir l’écosystème alpin et de visiter un coin méconnu de l’Italie. 

 

 

Mais l’essentiel du festival a lieu dans un site extraordinaire, une ancienne carrière transformée en théâtre naturel où se tiennent régulièrement des concerts de musique classique. Tandis que les visuels de Marcel Weber (MFO) recouvrent de verdure les parois de la cavité, Pantha du Prince et son acolyte, virtuose du marimba (instrument africain de la même famille que le xylophone), surgissent sur scène comme dans un rituel païen, costumes et masques à l’appui. Malgré cette introduction prometteuse, l’ensemble du concert s’avère un tantinet poussif, avec un BPM en 4/4 stationnaire qui ne dévie jamais de sa trajectoire en dépit des enjolivures de l’accompagnement. Il faudra attendre l’irruption sur scène du saxophoniste finlandais Bendik Giske, tout de noir vêtu, entouré d’un épais halo de fumée, pour que le silence se fasse dans l’enceinte du lieu. Tous les regards rivés sur cette apparition lynchienne, l’envoûtement opère à plein. Puis vient Caterina Barbieri et son synthétiseur Buchla : une masse harmonique sortie de son instrument se répercute alors par vagues sur les falaises de marbre. Issue du collectif NON, la djette africaine Nkisi, versée dans la bass music la plus pointue – tendance hardcore – clôture la soirée en beauté avec un set percussif et breaké du plus bel effet, malheureusement écourté en raison de l’horaire tardif. À peine le temps de se mettre en jambes que l’on doit déjà rebrousser chemin.

 

 

Le samedi soir, la pluie diluvienne qui s’abat sur la vallée a raison des concerts de Lubomyr Melnyk & Spime.Im et de Lorem A/V. Seule la djette italienne Adiel, profitant de l’accalmie nocturne, maintient son set depuis des platines vinyles installées au bar, en lieu et place d’un stand de gnocchis. Deux heures durant, la Madone de la transe ondule comme un serpent de mer entre house tribale et wave hypnotique face à une poignée de happy few qui ont eu la patience d’attendre son set, entamé sur les douze coups de minuit. Un plongeon dans l’extase qui se poursuit tard, jusqu’au petit matin, dans une rave pirate organisée non loin de là – à l’orée d’un bois, sous les piliers d’un échangeur routier. Une manière de finir en beauté un séjour riche en découvertes, tant musical que géographique, en dépit des caprices de la météo. 

 

> Le festival Nextones a eu lieu du 27 juillet au 1 août 2021, à Oira dans le Val d’Ossola en Italie