<i>Fix me</i> d'Alban Richard © Agathe Poupeney

Fix me

Au Cargö de Caen, le chorégraphe Alban Richard accompagné du pionnier de la musique électronique française Arnaud Rebotini, signe Fix me : un concert chorégraphique qui fait danser techno et religion.

Par Charlotte Maxin publié le 29 oct. 2018

« J’ai une annonce à vous faire : la danseuse Catherine Dénécy ne pourra pas assurer la représentation et va être exceptionnellement remplacée ce soir par Alban Richard » s’excuse la directrice adjointe du Centre Chorégraphique National de Caen. Loin d’être déçus, nous sommes plutôt surpris que le chorégraphe et directeur n’annule pas et décide au lieu de cela, de danser lui-même, tel un premier geste d’engagement.

La curiosité nous anime : repérées de loin par leurs costumes à paillettes, comme l’annonce le titre de la pièce Fix me, deux danseuses dans la salle fixent le public qui défile pour prendre place. Ce rapport frontal omniprésent se prolonge lorsque les deux autres interprètes arrivent un par un sur scène pour se positionner sur une grande planche en carton, servant à la fois de podium mais déterminant aussi leur territoire pour dominer et hypnotiser le public dans un halo de lumière vibratoire de l’artiste Jan Fedinger.

Par bribes et seulement à deux reprises, on perçoit des voix en fond sonore. Menaçantes voire maléfiques, elles envahissent le théâtre. D’après le descriptif du spectacle, ce sont des prêches d’évangélistes américaines, mêlées à des discours politiques et des chansons de hip hop féministes. Difficile de deviner à l’oreille qu’il s’agit de prêches mais les interprètes nous glissent, par leurs corps, quelques indices. Des attitudes, gestes brusques et une forte tension dans le regard des danseurs, donnent le sentiment qu’ils nous sermonnent et nous haranguent, comme pouvaient le faire ces prêcheuses évangélistes des années 20 qui subjuguaient la foule par leurs discours et leur prestance. Sur scène, c’est celle d’Arnaud Rebotini, maître des débuts de la techno en France, qui nous captive. Grand et imposant, délivrant un son électronique, il fascine. Quand la fin de la pièce se profile, le regard des interprètes se détendent et les mouvements s’aventurent vers un jeu de séduction lui aussi essentiel au sermon religieux.

Il nous est difficile de s’empêcher de faire l’analogie entre l’univers de la techno et le monde religieux car tous deux, combinent à la fois violence et séduction. Cette double énergie, s’exprime non seulement à travers les machines analogiques d’Arnaud Rebotini, les mouvements des danseurs qui incarnent la doctrine, mais aussi avec l’utilisation de stroboscopes, flashs lumineux propices au milieu de la fête et à la prise de stupéfiants. Car, dans la bouche des consommateurs fix signifie un shoot d’héroïne. Fix me, en filigrane offre alors une autre lecture de la violence : celle consentie avec soi-même et dont le but n’est autre que celui de la jouissance.

  

> Fix me a été présenté les 16 et 17 octobre 2018 au Cargö à Caen

> Le 21 novembre à l’Espace des arts scène nationale de Chalon-sur-saône dans le cadre du Festival Instances, le 28 novembre à la Scène nationale d’Orléans, les 11 et 12 janvier 2019 au manège, scène nationale-reims, le 17 janvier à la Manufacture CDCN Bordeaux Nouvelle-Aquitaine, du 29 au 2 février à Chaillot Théâtre national de la Danse à Paris, le 26 mars à l’Opéra de Rouen Normandie, le 2 avril au Volcan scène nationale du Havre, le 6 avril au Théâtre Louis Aragon scène conventionnée danse de Tremblay-en-France avec le Centquatre-Paris dans le cadre de Séquence Danse, le 19 avril à la Maison de la Musique de Nanterre et le 14 juin au CNDC Centre national de danse contemporaine d’Angers