<i>Dragging The Bone</i> de Miet Warlop, Dragging The Bone de Miet Warlop, © Reinout Hiel.
Critiques Performance

Frankenstein-Warlop

Miet Warlop

Performance plastique et tutoriel pour réinventer son corps, Dragging the Bone nous invite dans l’atelier éphémère de Miet Warlop, sculptrice belge qui se joue de la matière comme des représentations.

Par Thomas Corlin publié le 3 mars 2015

Elle tourne, elle vire, avec l’air malicieux d’une enfant oisive qui cherche la prochaine bêtise à faire, au milieu de sculptures si vivantes, qu’on se demande si elles ne sont pas plutôt ses amis imaginaires. Chacune aura son rôle au cours de cette performance où Miet Warlop ne fait qu’un avec ses matériaux.

La scénographie tient autant du workshop informel que du plateau de magicienne, voire du cabinet des curiosités. Le sol est jonché d’ustensiles divers, des boules sont plantées sur des perches, des têtes de papier soufflent des paroles, et sur une table au centre trône une cloche phallique en plâtre que Miet domine dans une mise en scène jodorowskienne. De cette forme intimidante s’échappent fumées et liquides, jusqu’à destruction, dévoilant un amas terrifiant de dentiers unis dans une matière gélatineuse, que Miet décompose sous des boucles de rires. Un texte récité par la voix de Google Translation nous explique qu’à l’origine de l’homme était l’humour : « l’homohilarius ». Médusé et dérangé par le spectacle, on rit, mais la mâchoire très serrée.

La plasticienne belge enchaîne ce type de manipulations cronenbergiennes pendant ce spectacle un peu précipité (45 minutes), dont la densité mériterait bien une forme moins condensée. Elle alterne malaise et humour, amuse et perturbe. Et questionne notre rapport à la matière par son jeu de textures et de substances qu'elle anime mais qu’elle met aussi au défi, tout comme son corps, qui se transforme à volonté.

Comme un cycle de réinvention organique, la confusion, voire la fusion corps / matière, humain / sculpture rythme la pièce et débouche sur des illusions fascinantes. Miet Warlop s’applique à détourner les figures reçues du corps féminin avec un certain sens du burlesque : une jupe de plâtre enfilée comme un instrument de torture ; une jambe de plâtre qui devient l’instrument de fausses contorsions de pin-up.

Mutation finale, une apparition en majorette derrière le sidérant fracas de ce rideau de plâtre, qu’on imaginait pourtant de velours. Une conclusion forte mais un peu rapide, qui donne envie de poursuivre le captivant travail de destruction et de réinvention de Miet Warlop, et de rester davantage dans son laboratoire pour guetter si la créature Frankensteinnienne de demain n’en sortirait pas un jour.

 

Dragging the Bone de Miet Warlop, a été présenté du 11 au 13 février au Centre Pompidou ; du 3 au 6 mars au théâtre des Ateliers, Lyon ; les 16 et 17 avril à Pôle sud, Strasbourg, le 4 juin à la Condition publique, Roubaix (latitudes contemporaines).