Gold Shower de François Chaignaud et Akaji Maro © ADELAP

Gold Shower

Qui aurait cru qu’entre un vieux sorcier aux cheveux jaunes et un chérubin en string doré l’attraction serait si voluptueuse ? Avec Gold Shower, le danseur de butô japonais Akaji Maro et le chorégraphe et chanteur français François Chaignaud mettent les écarts géographiques, culturels et générationnels au défi de l’élan érotique des corps.

Par Léa Poiré publié le 14 oct. 2020

Des spectacles de danse sur la rencontre entre deux performeurs, il y en a. Beaucoup. Et ils se résument souvent à cette seule information. Mais, lorsque Akaji Maro – fondateur de la compagnie de danse butô Dirakudakan mais aussi yakuza dans Kill Bill – et François Chaignaud – chorégraphe venu du classique et chanteur au-delà des genres – ont décidé en 2013 de se lancer dans une pièce de cette trempe, on s’est tout de suite dit que cette rencontre-là, il ne fallait pas la rater. Parce qu’en apparence, tout semble opposer les deux performeurs. Quarante ans d’âge les séparent. L’un vit à Paris, l’autre à Tokyo. Même leurs personnages de scène excentriques – qui jouissent d’un fort capital sympathie – ont l’air anachroniques : chérubin roccoco en string doré et perruque de marquis pour Chaignaud ; robe de sorcier, cheveux jaunes en pétard et corps peint en blanc pour Maro. Mais c’est précisément de ce décalage que surgit le motif élémentaire de leur rencontre : un érotisme palpable, aussi grotesque que voluptueux.

Le titre, déjà, est plus qu’un clin d’œil à la pratique sexuelle d’uriner sur son partenaire, nommée « golden shower ». Un acte dont les performeurs à l’esprit coquin diluent la référence lexicale dans tout le spectacle. Car du pipi il en est fait mention par la piscine jaune posée sur scène, dans laquelle les deux comparses font mine de se soulager dos au public. Et de dorures, d’ornements il en est question une heure durant, dans les gestes précieux de Chaignaud et les grimaces expressionnistes d’un butô plutôt rigolo déroulé par Maro. Entre les numéros de danses et les instants théâtraux, l’érotisme est là, larvé, exprimé ou tourné en ridicule : dans des étreintes pas forcément amoureuses, des embrassades discrètes, des soupirs et des râles, ou dans un moment mémorable, Maro tirant les ficelles du corset d’un Chaignaud twerkant ventre à terre, en grand écart. Cette scène aura fini de nous convaincre que Gold Shower, ode à l’amour sans âge, à l’attirance de ces corps extraordinaires qui ne sont éloignés qu’en apparence, est définitivement beaucoup plus qu’une longue histoire d’amitié.

 

> Gold Shower de François Chaignaud et Akaji Maro a été présenté du 30 septembre au 4 octobre à la maison de la musique de Nanterre avec le théâtre Nanterre-Amandiers dans le cadre du festival d’Automne à Paris ; le 6 octobre au Quartz scène nationale de Brest ; du 13 au 15 octobre à la Comédie de Valence, scène nationale Drôme - Ardèche ; le 3 avril à Charleroi danse à Bruxelles, Belgique dans le cadre du festival LEGS ; du 7 au 10 avril au Théâtre National de Chaillot, Paris ; le 13 avril au Manège scène nationale de Reims ; les 17 et 18 avril au Teatro Municipal do Porto, Portugal ; les 8 et 9 juin au Théâtre nouvelle génération dans le cadre de la Biennale de la danse de Lyon