Gustavia de La Ribot et Mathilde Monnier © Marc Coudrais

Gustavia

Copines et complices, La Ribot et Mathilde Monnier, remettent en selle Gustavia, pièce créée il y a plus de dix ans. Les deux stars de la danse contemporaine y incarnent un personnage à deux corps, déterminé à donner un bon coup de pied aux attentes adressées aux femmes.

Par Léa Poiré publié le 29 sept. 2020

Il est si rare de voir sur scène le corps de femmes de 58 et 61 ans, sans que ce soit ça, le sujet, que la reprise de Gustavia au Carreau du Temple à Paris est en soi un petit événement. D’autant plus que cette pièce de 2008 aurait tout simplement pu finir, comme les autres, aux oubliettes des archives du spectacle vivant. Douze ans plus tard, force est de constater que le duo formé par La Ribot – madrilène connue pour ses séries de courtes Pièces distinguées – et Mathilde Monnier – longtemps directrice du Centre chorégraphique national de Montpellier puis du Centre national de la danse, à Pantin – n’a pris que les meilleures rides.

Mais la fameuse Gustavia qui donne son nom à la pièce, personnage fait des deux corps longilignes quasi identique des chorégraphes, ne fait pas qu’évacuer la prétendue date de péremption des corps : elle va encore plus loin. À savoir, faire absolument ce qu’elle veut. Elle pleure quand elle veut pleurer. Passe au rire façon film muet quand ça lui chante. Danse en possédée, sans nous prévenir. Répète à outrance ses gags si ça lui plait, quitte à nous faire soupirer. Avant d’enchaîner une série de répliques, envoyées du tac au tac par les jumelles en costume noir : « Une femme qui a une hanche énorme », « une femme qui a deux oreilles très très longues avec des poils en bas », « une femme qui couche avec son ex dans la douche », « une femme violente, violentée, violée », « une femme bio perdue dans un champ de tomates ». Gustavia c’est « Une femme » (la fameuse) ou encore toutes les femmes qui luttent pour esquiver ou sauter à côté des cases de la présupposée “féminité”. 

À l’heure où l’on interdit l’accès aux établissements scolaires à des adolescentes qui ont l’une un short soit disant trop court, l’autre un tee-shirt qui dévoile un centimètre de peau. Qu’aux injonctions “fait pas ci, fait pas ça”, “épile toi”, “tais toi” s’ajoute “porte une tenue républicaine”, la farouche liberté que Gutavia prend sans attendre qu’on lui donne, fait tout simplement un bien fou.

 

> Gustavia de La Ribot et Mathilde Monnier les 23 et 24 septembre au Carreau du Temple, Paris