Di Grazia de Alexandre Roccoli © A short term effect

Instances

Qu'ont en commun la pièce Brother du chorégraphe portugais Marco da Silva Ferreira et Di Grazia, celle du Bourguignon Alexandre Roccoli ? Présentés conjointement pour la 17ème édition du festival de danse Instances de L’Espace des arts de Chalon-sur-Saône, les deux opus, à la gestuelle limitée, semblent plus représentatifs que chorégraphiques.

Par Nicolas Villodre publié le 19 nov. 2019

Brother du chorégraphe portugais Marco da Silva Ferreira, relève plus de la pantomime ou du sport aux armées que de la danse proprement dite. Si l’on s’en tient à la note d’intention de la feuille de salle, l’auteur a cherché à explorer les « danses ethniques » et les sonorités « dites primitives » pour « sculpter le mouvement. » Tout ceci est a priori louable et même estimable, à condition, bien sûr, que résultat soit consistant, ressemble à quelque chose, voire ne ressemble à rien de déjà-vu. Or, rien de plus difficile en art que de produire cet inédit. 

La pièce nous a paru limitée dans sa gestuelle sans pour autant atteindre au minimalisme, chaque mouvement étant ressassé à volonté, reproduit par un septet en majorité masculine, à l’identique, à l’unisson, comme à l’armée. Ce qui maintient l’intérêt du public est la bande sonore électro de Rui Lima et Sérgio Martins et la prestation acrobatique du petit gabarit Anaísa Lopes, gymnaste talentueuse et extrêmement véloce.

 

 

Avec Di Grazia Alexandre Roccoli voulait lui, du moins au départ, nous faire partager sa curiosité pour le « phénomène de tarentisme ». Autrement dit, pour une forme d’agitation proche de la possession qui s’emparait des habitants - et majoritairement des femmes - du sud de l’Italie dès l’époque médiévale. Tous semblaient piqués au vif par une araignée vénéneuse : la tarentule. Mis à part un bref montage vidéo projeté sur un drap recouvrant un podium à l’arrière-scène montrant une femme en crise et en cris, portée par plusieurs officiantes à l’entrée d’une église de village, le sujet ne sera plus traité de toute la soirée. Il se trouve substitué par la prestation d’une chanteuse, joueuse de cornemuse (dite zampogna), de synthétiseur et d'un peu de pipeau.

Ce qu’on pensait être un spectacle de danse, est en réalité le tour de chant de Roberta Lidia de Stefano. Celle-ci a été affublée, au tout début et sans qu’on sache pourquoi, d’une fausse barbe et passe son temps à exhiber une poitrine généreuse. Les amateurs de canzone - composition polyphonique - absoudront Roberta Lidia de Stefano. Il faut reconnaître que, vocalement parlant, la jeune femme a du répondant. À côté d’elle, Catherine Ringer la rockeuse, Mina la twisteuse italienne, Nina Hagen la hurleuse, paraissent d’une grande sobriété.


> Brother de Marco Da Silva Ferreira et Di Grazia de Alexandre Roccoli ont été présentés le 12 novembre à l'Espace des Arts scène nationale de Châlon-sur-Saône dans le cadre du festival Instances