Princesse vieille reine de Marie Vialle, © Richard Schroeder.
Critiques Théâtre

Princesse vieille reine (Marie Vialle)

Marie Vialle / Pascal QUIGNARD

Tournée : 

les 28 et 29 novembre à L'équinoxe, Châteauroux

les 19 et 20 janvier à Espaces pluriels, Pau

le 29 janvier au Théâtre des 4 saisons, Draguignan

le 5 février au Granit Belfort

du 11 au 19 février au Théâtre Garonne, Toulouse

 

Lire la critique "Jeune et vieille princesse"

Par Aïnhoa Jean-Calmettes

 

 

 

 

JEUNE ET VIEILLE PRINCESSE

L’actrice Marie Vialle porte à la scène un texte écrit pour elle par Pascal Quignard. Un seul en scène qui emporte le spectateur dans une traversée du désir où se mélange savamment sensualité et naïveté. 

 

Marie Vialle n’a pas attendu que Pascal Quignard lui offre un texte pour s’emparer de son écriture. En 2004, elle répète devant lui Le nom sur le bout de la langue, l’un des contes les plus méconnus et pourtant des plus marquants de l’écrivain, en ce qu’il vient toucher aux fondements même de l’écriture et du langage : la possibilité de dire. En la voyant répéter, l’écrivain écrit une suite, pour elle, presque avec elle. En 2006 la collaboration se prolonge avec Triomphe du temps, et près de dix ans plus tard, une fois de plus avec Princesse vieille Reine, créé en septembre 2015 au Théâtre du Rond-Point. 

Voilà pour la genèse. Ici, on a finalement encore rien dit, si ce n’est sous-entendre une entente entre un écrivain et une actrice et metteure en scène, qui se matérialisera bien vite sur le plateau et sous nos yeux.

De cette grande complicité artistique, justement, on pourrait craindre le pire. Qu’elle nous laisse à distance. D'autant plus que l’écriture de Quignard se mérite. Se confronter à ses livres est une expérience qui ne souffre aucun compromis : plonger sans réserve dans ces pages qui parlent d’un temps indexé et pourtant irreconnaissable ou n’y rien comprendre. Il n’est pas possible « d’aimer Quignard », on rencontre ses livres ou l’on passe à côté. On en rencontre certains, on passe à côté d’autres. Quelque chose du quitte ou double, aussi excitant qu’intriguant.

Pourtant, seule en scène, Marie Vialle n’a rien d’une sphinge, gardienne jalouse du secret que Maître Quignard aurait glissé à notre insu au creux de son oreille. Elle n’a rien non plus d’une émissaire qui viendrait transmettre à un public une écriture, parfois hermétique, qui ne serait pas sienne. Elle devient cette écriture. Et ce que cela vient questionner de ce qu’est « l’incarnation » scénique est déroutant.

Seule en scène donc, marquant de ses changements de costumes ses « incarnations » multiples, Marie Vialle change trois fois de peau. D’un costume à l’autre, elle raconte quatre histoires de femmes qui s’inscrivent dans des temporalités de plus en plus reculées, jusqu’à toucher au mythe des origines. Une progression de l’histoire à rebours , à mesure que l’éternel féminin (bien loin des clichés du genre), lui, vieillit. Où l’on croise les identités à recomposer par l’imagination de ce qui semble être une princesse mérovingienne, une femme de la cour des empereurs du Japon, une reine indienne…  comme autant de facette du désir et de l’amour féminin.

Quignard, dans la musique de sa langue, la tonalité solennelle et mythologique de ses histoires, comme dans le paysage sonore, est omniprésent. On pense bien sûr à ces bruits de sabots qui hantent la bande-son, animal totémique de l’écrivain s’il en est (1). Mais à travers le corps et la voix de Marie Vialle, le travail de l’écrivain se colore d’une autre lumière. Il est comme tiré vers l’enfance. Pourtant, dans cette légère inflexion, rien de vient empêcher l’érotisme puissant qui sourd, se détachant par images dans la langue et sur le plateau. La respiration de l’interprète, sa nuque diaphane dégagée avec élégance se mettent à parler, et donnent le change à la quasi naïveté de Marie Vialle. Un jeu d’équilibriste parfaitement tenu d'un univers à l'autre. 

1. Lire Les désarçonnés, éditions Grasset, 2012.

Tournée : les 28 et 29 novembre à L'équinoxe, Châteauroux; les 19 et 20 janvier à Espaces pluriels, Pau; le 29 janvier au Théâtre des 4 saisons, Draguignan; le 5 février au Granit Belfort; du 11 au 19 février au Théâtre Garonne, Toulouse