Rhein de Marine Chesnais © Roxanne Gauthier

June Events

À mi-parcours, le festival June Events revivalise l’esprit seventies avec la création Rhein de Marine Chesnais qui tire parti de la musique planante du compositeur Swann et Cosmic Love de la Montréalaise Clara Furey, sous influence New Age.

Par Nicolas Villodre publié le 15 juin 2019

Du noir de la salle et de la pénombre du plateau, du silence complet - pour ne pas dire aveugle - point une infime vibration. D'abord phonique, elle prend son temps avant de nous atteindre. Ensuite, optique, papillonnante, irradiante. La musique est donc déjà là quand advient la danse. Des plages insonores, des notes ténues et tenues, dès lors, dilatent le temps. Le titre de la pièce, Rhein qui remonte à la racine indo-européenne signifiant « couler » serait, selon certains linguistes, à l’origine du mot rythme. Il se justifie par la révélation ou l’illumination de la danseuse progressant à pas comptés depuis le fond du plateau.

Cette marche lente tempérant le tempo, calqué, lui, sur la respiration et la pratique du yoga, pourrait se passer de tout commentaire, support ou pulsation, y compris de musique. Mais, en l’occurrence, la danseuse a voulu s’appuyer sur l’expérience du musicothérapeute et multi-instrumentiste Swann, adepte du « sound healing », une manière d’adoucir les mœurs ou de calmer l’humeur. Les cloches bouddhistes sont remplacées par une batterie de dix gongs fixés sur des portants à roulettes faisant office de déco et de chambre d’écho. Et, la danseuse, élégante et gracile, mettra près d’une heure pour atteindre le mur du son.

 

Rainbow Bridge

La Montréalaise Clara Furey a préféré, on ne sait trop pourquoi, donner un titre anglais à sa pièce : Cosmic Love. Celle-ci débute dès avant l’entrée du public par une comptine Dada chantée en chœur et en boucle : « I need a mouth as wide as the sky ». J’ai besoin d’une bouche aussi large que le ciel. De cette esthétique New Age, pour ne pas dire hippie ou baba cool, on passe à l’art qui lui fut contemporain : au minimalisme, au répétitif. Les deux expressions étaient d’ailleurs au départ liées aux mouvements pacifistes, écologistes, aux pensées des Indiens d’Amérique, qui ont marqué la décennie 60 avec un regain pour l’orient et l’extra-occidental.

 

Cosmic love de Clara Furey p. Mathieu Verreault

 

La chorégraphie est, sous sa forme déconstruite, digne d’intérêt. La pièce vaut avant tout pour ses qualités plastiques, pour sa B.O. électro, pour ses sept danseurs-mercenaires remarquables et pour tout le travail sur la lumière d’Alexandre Pilon-Guay. Outre l’obtention, au moyen de sunlights aux leds, d’un balayage arc-en-ciel des bandes de PVC immaculées recouvrant la scène, l’auteure et son éclairagiste inventent un fondu au noir de type nouveau, avec des intermittences ou des ravivages partiels au cours de la longue extinction. Pour ce qui est de la danse, une belle séquence actualise la figure du pas de deux : tandis qu’un des interprètes, hors-piste, s’essaie au métier de DJ, les autres, filles et garçons mêlés, forment trois duos stylisant l’étreinte amoureuse.


> Rhein de Marine Chesnais et Cosmic Love de Clara Furey, le 12 juin à l’Atelier de Paris CDCN dans le cadre du festival June Events jusqu'au 15 juin