<i>Khouyoul</i> de Kabinet K Khouyoul de Kabinet K © Safa Ben Brahim

Khouyoul خيول

La compagnie flamande Kabinet K présente, pour la première fois en France, leur spectacle Khouyoul au festival de Marseille. L’occasion de cueillir un bout de bonheur.

Par Marie Reverdy publié le 27 juin 2019

Un petit air frais souffle sur La Placette de la Friche de la Belle de Mai. J'attend l’heure de rentrer dans la salle du Grand Plateau où se joue pour la première fois en France, Khouyoul de la compagnie Kabinet K venue de Gand. La pièce, dont le titre se traduit par « chevaux » en français, prolonge Horses, recréée à Tunis à la demande de l’association tunisoise L’Art Rue. Dans la file, un ballet d’enfants vont et viennent, par petit groupes, vers les toilettes.

La séance est en grande partie dédiée aux scolaires. Je ne sais pas si c’est une bonne ou une mauvaise nouvelle. La lumière s’éteint dans la salle, j’ai envie de filer une claque au gamin qui hurle devant moi et agite sa casquette, la musique commence et finalement, c’est moi qui prends une claque, devant un parterre d’enfants subjugués jusqu’au silence, attentifs jusqu’à en être émus…

 

 

De la faculté de bienveillance

Pour Khouyoul, les chorégraphes flamands Joke Laureyns et Kwint Manshoven rassemblent sur scène neuf danseurs (trois adultes et six enfants), ainsi que les musiciens Imen Mourali, Mahmoud Turki et Alaaeddine El Mekki, respectivement au kanoun, au luth et à la clarinette. Une ambiance de place de village sur laquelle tout le monde se connait, une après-midi d’été pendant laquelle enfants de tout âge et adultes jouent ensemble. Et si, bien sûr, l’adulte reste adulte et l’enfant reste enfant, cela n’empêche pas le partage. La danse se construit sur la confiance mutuelle : porter, faire tournoyer, se laisser tomber, les yeux fermés, et se faire rattraper, etc. Seul ou à plusieurs, chacun est portant et porté, rattrapeur rattrapé. L’amusement et la bienveillance sont réciproques.

Tout est prétexte à jeu, occasion de rire, cache-cache, chat, loup, à coco ou à dada, glissades, faire le mort ou des chatouilles. Rien de narratif pourtant, Joke Laurens et Kwint Manshoven développent une danse qui part de gestes simples, de situations quotidiennes, mais sans que le plateau n’y réfère expressément, sans que la chorégraphie ne les illustre d’aucune manière, sans raconter d’histoire à leur sujet, sans aucune anecdote… Seulement la douceur des jours heureux, la nostalgie d’un temps que nous n’avons probablement jamais connu, l’évidente simplicité des relations basées sur l’estime et la complicité, la certitude que le bonheur est à portée de main.

 

> Khouyoul خيول de Kabinet K a été présentée le 24 juin à la Friche La Belle de Mai dans le cadre du festival de Marseille