© Emilie Brouchon.

La clémence de Titus

La clémence de Titus est l’une des plus merveilleuses partitions de Mozart. Face à cette intrigue où s’imbrique le pouvoir, l’amour, le meurtre et le châtiment, on aurait aimé à l’Opéra de Paris vivre une incandescence que ni le chef d’orchestre, ni le metteur en scène ne souhaitaient assumer.

Par Alain Berland publié le 22 juil. 2021

Faire l’apologie du pouvoir, tel était l’objectif de la commande faite à Wolfgang Amadeus Mozart à Prague en 1791. Une mission dont il s’acquitte très rapidement grâce à sa malice habituelle pour livrer un de ses tout derniers chef-d’oeuvres La clémence de Titus qu’il fait interpréter le jour même du couronnement de l’empereur d’Autriche sacré roi de Bohème.

Loin des échos de la révolution française et conjointement à la livraison de La flûte enchantée, Mozart et son librettiste Caterino Mazzolà reprennent le schéma traditionnel de l’opera seria, mais pour mieux le dynamiter. Se jouant de la norme qui imprime à ce type de spectacle les trois actes de la tradition, ils raccourcissent l’œuvre à deux actes, y introduisent des récitatifs très dynamiques et surtout, trois duos et deux trios qui font exploser la structure habituelle de ce type d’opéra organisé autour d’airs entrecoupés de chœurs et de récitatifs souvent longuets. L’ensemble ainsi conçu reste une des plus merveilleuses partitions de Mozart qu’il est toujours plaisant d’écouter.

La représentation du 30 juin proposait une belle distribution avec notamment le déjà très remarqué ténor français Stanislas de Barbeyrac dans le rôle de Titus et l’élégante soprano américaine Amanda Majeski dans celui de Vitellia. C’est cette dernière qui pour se venger de n’être pas aimée manipule Sesto, interprété par la vibrante canadienne mezzo-soprano Michèle Losier, afin d’assassiner l’empereur. Tous les chanteurs ont le physique et l’âge plausible de la situation et comme on l’a déjà écrit l’ensemble reste très agréable à écouter. Cependant, et était-ce due à une direction d’orchestre, celle de Mark Wigglesworth ou à l’orchestre lui-même en petite forme, le spectacle n’atteignait jamais l’ampleur espérée.

La mise en scène minimaliste de Willy Decker, vieille de plus de 20 ans, ne parvenait qu’à très peu de moments à élever la température de la salle. Quant aux décors, une énorme sculpture du visage de Titus au centre de la scène accompagnée d’immenses toiles peintes lourdingues, des sortes de Cy Twombly figuratifs où jaillissent les formes d’un glaive noir et des dégoulinades rouges pour suggérer le sang, ils n’aidaient pas à entrer dans le propos. On aurait aimé, dans cette intrigue où s’imbrique rien moins que le pouvoir, l’amour, le meurtre et le châtiment, vivre une incandescence que ni le chef d’orchestre, ni le metteur en scène ne souhaitaient assumer. On se mettait alors à rêver à ce qu’aurait pu faire en son temps Patrice Chéneau ou encore, aujourd’hui, le duo Christophe Honoré et Clément Mao-Takacs, le premier comme metteur en scène des passions charnelles contemporaines, le second en tant que jeune chef d’orchestre toujours habité par l’énergie du désir qui n’aime rien tant que de bousculer la tradition.

 

La clémence de Titus a été présenté du 30 juin au 13 juillet à l’Opéra national de Paris