© Photo : Aurélie Canovas.
Critiques Musique

La variance et sa dispersion

David Merlo / Lucien Gaudion / Trio Subspecies

Pour cette carte blanche au label Daath, concerts, pièces sonores et expositions d’installations ont eu lieu à la Galerie des grands bains douches de la Plaine et à la galerie L’histoire de l’œil à Marseille.

Par Laura Vazquez publié le 3 avr. 2015

Durant plusieurs jours, quelques artistes de la scène musicale contemporaine se sont réunis autour d’un projet singulier : <Projections>. Inscrit dans la durée, l’évènement a été l’occasion de découvrir les œuvres de compositeurs, musiciens et improvisateurs prolixes questionnant leur pratique musicale dans sa forme comme dans son contenu, à travers les notions d’espace et de territoire.

Selon David Merlo, à l’initiative de cet ensemble de concerts, <Projections> trouve son sens dans une recherche sensible autour de l’évolution du son dans un contexte spatial : « Ce sont autant de réalités ou de virtualités qui émergent et proposent de nouvelles possibilités ou impossibilités de rencontres.» Ces réflexions théoriques acquièrent leur épaisseur concrète au milieu de l’architecture particulière de la Galerie des grands bains douches de la Plaine : un grand couloir formant un triangle, qui pousse les musiciens à une appréhension adaptée de l’espace et de la circulation du son.

Les concerts se déroulent dans une ambiance sibylline, du fait d’un éclairage brut constitué d’un ensemble de néons fixés au plafond, et dont l’intensité lumineuse varie de manière aléatoire. Les auditeurs ont la possibilité de circuler dans l’espace et de choisir une ou plusieurs positions d’écoute, en fonction de leur sensibilité.

Le 13 mars, jour du vernissage, David Merlo présente d’abord son installation autonome « Variance IV », conçue à partir des singularités du lieu : une basse posée sur un support entre en résonnance avec la Galerie des grands bains douches et le son continu du feedback est redistribué dans toute la galerie par un système de haut-parleurs, très précisément choisis et positionnés dans le dispositif.

De son coté, Virgile Abela improvise une pièce à partir des sons de son instrument contrôlé par le biais d’une interface numérique : l’interprète se déplace dans les couloirs de la galerie tout en choisissant, de manière plus ou moins précise, l’intensité de ses lignes sonores.

Le programme enchaine avec la pièce mixte de deux musiciens : Jean-Luc Gergonne spatialise une composition électroacoustique, tandis que le saxophoniste Maximilian Bach joue tout en se déplaçant dans la galerie, le visage marqué par l’amplitude du souffle continu, évoquant l’idée de Pessoa selon laquelle : « On peut respirer juste assez pour se rendre compte qu'on ne peut pas respirer.»

Devant sa console, tandis que le public déambule afin de profiter des différents points d’écoute, Clara de Asís réalise ensuite la spatialisation d’une pièce acousmatique intitulée Le mont analogue (à la lecture de ce titre, on pense à René Daumal). Une composition tout en finesse, accompagnée d’une grande profondeur : les harmonies des lignes sonores formant un sol sur le sol, s’élevant puis déclinant, à la manière d’un être vivant, s’approchant des sensations décrites par Daumal dans Le mont analogue : « Quand les pieds ne veulent plus vous porter, on marche avec sa tête. »

À la galerie l’Histoire de l’œil, les membres fondateurs du label Daath (qui édite notamment Clara de Asís, Poscoïtum, David Merlo, et plus récemment Gaëtan Parseihian) ont présenté leur projet. Gaëtan Parseihian a spatialisé deux très belles pièces électroacoustiques, sur un dispositif de huit haut-parleurs, dont La forêt mécanique, qui débute par des sons anecdotiques (chants d’oiseaux, bruits de pas), et pose l’atmosphère onirique d’une forêt sonore en expansion, à l’intérieur de laquelle les éléments naturels et artificiels interagissent.

Prolongations à la Galerie des grands bains douches : Chants en mouvement et dans l’obscurité totale  de Natacha Muslera ; Pièce acousmatique de Lucien Gaudion ; Improvisation de ErikM à partir d'une carte virtuelle permettant d’accéder à des micros ouverts positionnés dans divers endroits du monde. Et enfin, une pièce mixte de David Merlo et Michel Doneda.

Ces quelques événements sonores auront permis aux musiciens contemporains marseillais d’expérimenter la circulation de leurs compositions ainsi que de donner un aperçu de la richesse et de la variété de leur œuvre.

 

<Projections> a eu lieu du 13 au 20 mars à Marseille.