<i>L'âge libre</i> de la cie Avant l'aube, L'âge libre de la cie Avant l'aube, © Sofia Abdelkader.
Critiques Théâtre

L’amour au XXIe siècle

Dans L'Âge libre, les femmes de la compagnie Avant l'aube s'emparent des Fragments d'un discours amoureux, de Roland Barthes, pour nous livrer leurs regards sur l'amour en ce début de XXIème siècle.

Par Victoria Mariani publié le 28 juil. 2017

 

 

Deux cordes en néon rouge préfigurent un ring de boxe. Entre les lignes, trois comédiennes et une violoncelliste se préparent. Les lumières s’éteignent dans la salle : le combat de l’amour et du langage est engagé.

Les jeunes femmes de la compagnie Avant l’aube transforment la sémiotique de R. Barthes en revue théâtrale intelligente, drôle et sensible, trois adjectifs si aisément attribuable à une pièce de théâtre qui trouvent ici réellement tout leur sens. À renfort de chansons, danses et saynètes, elles composent une multitude de tableaux satyriques qui dépeignent l’amour à notre époque. Autant de fragments pop pour parler des rêves, des fantasmes et de la sexualité de jeunes femmes nées au début des années 1990. Elles ne portent pas un regard mais de multiples regards sur ce qu’être une femme représente aujourd’hui : une femme qui aime, en couple ou célibataire, souffre une rupture, se souvient de son premier grand amour, n’arrive pas à rentrer en contact avec les personnes et se réfugie dans ses rêveries.

Sous le regard de la metteure en scène Maya Ernest, Agathe Charnet, Inès Coville, Lucie Leclerc et Lillah Vial prennent la parole et parlent librement, sans fard, sans limites, toujours avec beaucoup d’humour. Elles n’hésitent pas à subvertir les chansons de princesses Disney pour évoquer les papillons dans le ventre du désir, en construisant des scènes à la fois mignonnes et cruelles. La satyre est parfaite, laquelle est elle-même à son tour subvertie, à l’image de cette scène où deux actrices se font pleurer à l’aide d’oignons, croqués ou directement appliqués sur les yeux, pastichant une performance bien connue mais réussissant à la fin, par les pleurs, même s’ils sont feints, à nous transmettre une émotion.

L’art du contrepoint est habillement maîtrisé : on rigolait au début, on en a un peu moins envie à la fin. Les saynètes inspirées de matériaux personnels gardent cette distance vis-à-vis du sujet propre à l’ouvrage de R. Barthes, bien que d’une manière moins froide, moins universitaire. Il s’agit de théâtre et d’un théâtre où les chansons pop chantées en chœur  avec flamme sont des signes à part entière.

Leur voix, à la fois individuelles et collectives, ne nous parlent pas seulement d’amour, mais également de ce que signifie grandir entre la fin d’un siècle et le début d’un autre, sujet qui trouve son approfondissement dans les deux autres pièce que la compagnie présente au festival d’Avignon : Boys don’t cry, comme un pendant masculin et Ground Zéro, une variation générationnelle inspirée des Années d’Annie Arnaux

 

 

> L’Âge libre de la Compagnie Avant l’aube, jusqu’au 30 juillet au Théâtre des barriques dans le cadre du festival Off d’Avignon ; le 25 janvier 2018 au Théâtre universitaire de Tours

> Ground Zero, le 9 septembre au Théâtre de Ménilmontant dans le cadre du festival Les Floréales Théâtrales