<i>Candide</i>, mes Maëlle Poésy, Candide, mes Maëlle Poésy, © Vincent Arbelet.
Critiques Théâtre

Candide (Maëlle Poésy)

Maëlle Poésy

Tournée : 

le 7 novembre à la Scène Watteau, Nogent sur Marne

du 12 au 21 novembre au Théâtre Dijon Bourgogne

le 24 novembre à la Scène du Jura, Dole

le 27 novembre à la Faiencerie, Creil

du 10 au 12 décembre au Théâtre Sorano, Toulouse

les 15 et 16 décembre à la scène nationale de Sénart

le 18 décembre à La Piscine, Châtenay Malabry

du 4 au 24 janvier au Théâtre de la Cité internationale, Paris

les 28 et 29 janvier au théâtre de Privas. 

Lire la critique "Le meilleur des mondes"

Par Aïnhoa Jean-Calmettes publié le 4 juin 2014

 

 

 

LE MEILLEUR DES MONDES

Au festival Théâtre en mai, à Dijon, la jeune metteure en scène Maëlle Poésy a présenté pour la première fois son Candide. De très joyeuses retrouvailles avec un classique qu’on pensait poussiéreux. 

 

Si on leur disait, aux élèves de 1ère, que Candide peut être ça aussi, quelques catastrophes au bac seraient sans doute évitées. En sortant de la salle, on se surprend à fouiller dans de vieux souvenirs de lycée. Et l’envie étrange de se replonger dans l’apologue de Voltaire.

Epopée foutraque et message subliminal. Critique sociale, dénonciations en tout genre, querelle conceptuelle. Morale humaniste et progressiste. Le tout servi par une ironie cinglante. Aucun des ingrédients bien connus du conte philosophique n’est oublié, mais tout semble nouveau. Et si la langue se fait moins dixuitièmiste, ce Candide reste l’histoire d’un jeune homme qui, voyageant de sa Westphalie natale au Nouveau monde, passant par la France, l’Anatolie et Venise, gagne son indépendance de pensée en se libérant des tutelles intellectuelles. 

Pour cette troisième mise en scène (après Funérailles d’hiver en 2008 et Purgatoire à Ingolstadt en 2013) Maëlle Poésy ne cherche pas à moderniser Candide. Tirant vers le fantastique et le merveilleux, elle s’ingénie plus à déshistoriciser et à mettre en lumière le caractère atemporel de la fable. N’avons nous pas, nous aussi, nos tribunaux de l’Inquisition, nos Grands qui, sous couvert de moralité, abusent de la crédulité du peuple ? Notre société du spectacle n’est-elle pas régie par les mêmes codes ? Paris et son théâtre, plus que d’autres images, fait mal au cœur. Courber la tête devant la pensée unique de la critique bien pensante. Transposer le théâtre et les jeux de la représentation dans les loges. Sourire. Acquiescer. Ne pas réfléchir par soi-même, suivre le mouvement.

La jeune metteure en scène, sortie en 2010 de l’école du Théâtre national de Strasbourg, ne simplifie pas non plus. Pangloss, avatar ironique de Leibniz, continue de déblatérer sur son « meilleur des mondes ». Et les univers traversés ne sont pas moins nombreux. Lumière blafarde et aveuglante de la caserne où Candide est enrôlé malgré lui, feux chatoyants du grand incendie de Lisbonne, pluie d’or des contrées d’Eldorado…ces mondes, peuplés à géométrie variable par les cinq excellents comédiens de la compagnie Drôle de bizarre qui endossent multiples rôles (changeant de sexe et d’âge à l’occasion), défilent à une rapidité fulgurante.

Epurés à l’extrême, ces tableaux, déclinés comme autant d’arrêts sur images, annulent l’effet de tournis que leur succession effrénée pourrait provoquer. Ils sont redoutables d’inventivité et d’efficacité esthétique. Rien n’est laissé au hasard et tout, absolument tout est habilement porteur de sens. Alors qu’on pourrait craindre la redondance des scènes de voyage, de fuite et de course, elles se déclinent allégrement, chaque fois similaires et pourtant différentes. Les unes appellent les autres. On en voudrait toujours plus.

« Si c’est ça le meilleur des mondes… »  se désole Maëlle Poésy en sous titre de sa pièce. 

Nous, plus vraiment. 

EXTRAITS VIDÉO

 

 

Candide, de Maëlle Poésy a été créé au Théâtre Dijon Bourgogne du 30 mai au 1er juin 2014 (festival Théâtre en mai).

Tournée : les 2 et 3 octobre au Théâtre de Chelles ; du 6 au 8 octobre à la Comédie de Valence ; le 13 octobre à l’Espace Jean Legendre, Compiègne ; du 16 au 18 octobre au Théâtre Romain Rolland, Villejuif ; les 3 et 4 novembre à la scène nationale de Quimper ; le 7 novembre à la Scène Watteau, Nogent sur Marne; du 12 au 21 novembre au Théâtre Dijon Bourgogne ; le 24 novembre à la Scène du Jura, Dole ; le 27 novembre à la Faiencerie, Creil, du 10 au 12 décembre au Théâtre Sorano, Toulouse ; les 15 et 16 décembre à la scène nationale de Sénart ; le 18 décembre à La Piscine, Châtenay Malabry ; du 4 au 24 janvier au Théâtre de la Cité internationale, Paris ; les 28 et 29 janvier au théâtre de Privas.