Mireille Blanc, <i>La ronde</i> Mireille Blanc, La ronde © D. R.
Critiques arts visuels

Les anneaux de Saturne

La peinture n’est pas morte et continue même à sonder la puissance métaphysique de la Vanité. L’exposition Les anneaux de Sature l’affirme en réunissant trois peintres contemporains dont les œuvres, outre l’actualisation d’un genre traditionnel, dénotent chacune de rapports singuliers à la violence.

Par Alain Berland publié le 26 nov. 2019

 

La solidarité artistique est une qualité certaine à Nantes. Une valeur que le visiteur peut constater à l'accueil que le Lieu Unique a improvisé pour permettre à la Zoo galerie, empêchée par les dégâts provoqués par les intempéries récentes, de poursuivre son second volet de programmation consacrée à la peinture, mais surtout en observant les liens qui unissent les artistes exposés. C’est sous le titre Les anneaux de Saturne, hommage aux romans documentaires de l'écrivain W.G. Sebald que la commissaire Sylvie Coulon a réuni dans le vaste rectangle du premier étage les œuvres de trois peintres qui se fréquentent et s’estiment.

Damien Deroubaix, Melancholia IV (tête de cheval, grotte du Mas d'Azil). Courtesy : l'artiste & Nosbaum Reding, Luxembourg

 

Le premier, Damien Deroubaix, observe la violence du monde. Il la projette dans ses œuvres avec une liberté expressionniste proche d’un satiriste et n’hésite pas à convoquer les nombreux symboles du pouvoir. Après avoir, pendant de nombreuses années, peint sur papier, il expose depuis quelque temps ses allégories funestes sur toiles. Pour l'occasion, il s'agit d'une série de petits formats qui se réfère à la célèbre gravure d'Albrecht Dürer  « Melencolia ». Sous le titre éponyme, Damien Deroubaix a mis en scène des visages qui, de face, les yeux grands ouverts semblent se noyer dans les marécages de l'histoire de l'art.

Ils cohabitent avec les toiles de Damien Cadio qui, dans tous les formats, montre des formes toujours aussi énigmatiques mais un peu moins violentes que celles que l'on a connues chez lui. Ici, il a choisi de composer avec des motifs végétaux qu’il a photographiés puis peints la nuit. Les œuvres restent très sombres alors que paradoxalement, il n’utilise jamais le noir ; ce ne sont que des bleus et des bruns qui dilatent la rétine dans l'effort que l'on fait pour les distinguer. Parmi toutes les œuvres, l'une d'entre elles attire davantage l'attention. Il s'agit d’une toile de grand format qui représente un visage de nonne en cire que l’artiste a photographié au musée des Beaux-arts de Lyon. Une figurine minuscule dont le peintre a surdimensionné le rictus pour rendre encore plus informe son aspect. L’adéquation de la matière du sujet et les effets cireux produits par les savants coups de pinceaux de Damien Cadio rapprochent l’œuvre de l’organique et des mystères de la chair.

Damien Cadio, Mladić. p. D. R.

La troisième artiste, Mireille Blanc, travaille avec un esprit tout aussi mystérieux mais d’une toute autre manière. Elle utilise le plus souvent d'anciennes photos glanées dans des albums familiaux qu’elle maltraite encore pour souligner les effets de temps. Ce sont des empâtements blanchâtres qui rendent les objets difficilement identifiables. Savamment disposés en quinconce sur le mur comme sur un bureau, ils rappellent ces collections de souvenirs perdus que l’on étale sur la table de la salle à manger les jours de réunion de famille.

 

> Les anneaux de Saturne, une exposition organisée par Zoo galerie jusqu’au 30 novembre au Lieu unique, Nantes