Tainted Love / Club Edit, vue de l'exposition avec Nicole Wermers, The Violet Revs, 2016. Chaises en plastique, vestes en cuir, tissus doublure et denim, poteaux, queues de renard, fausse fourrure, patchs, chaînes et badges, dimensions variables. Courtoisie Herald Street Gallery, Londres / Anne-Lise Coste, Nique ton père, 2018. Aérographe sur toile. 167 x 185 cm. Courtoisie Lullin + Ferrari, Zürich / Vava Dudu, Sans titre, 2018. Matériaux mixtes, dimensions variables. Courtoisie de l’artiste. © Photo : François Fernandez / Villa Arson
Critiques Musique arts visuels

Les sons de la Villa Arson

À la Villa Arson, les musiques dites « populaires » infiltrent et nourrissent la sphère étanche de l’art contemporain, si prompte à se distinguer d’un tube d’Elvis Presley sur l’échelle de la culture.

Par Alain Berland publié le 21 mai 2019

En matière culturelle, tout est bataille de dénomination et de domination entre « low » et « high ». Et pourtant, depuis longtemps, la Villa Arson, à la fois école des Beaux-arts et Centre d’art, résiste au jugement de goût en mêlant arts visuels et musiques populaires. À l’heure où Yann Chevalier montre sous l’intitulé Tainted Love, Club Edit, les splendides baisers souillés qu’échangent, les sons et les formes plastiques, confiant la marche nuptiale au groupe Soft Cell et invitant une trentaine d’artistes comme témoins, il faut se souvenir que les chansons populaires métaphorisent le réel. Qu’elles mettent en avant les sentiments en s’adressant davantage à notre imaginaire qu’à notre cogito, et qu’en cette période de rationalité exacerbée par les algorithmes, cela fait beaucoup de bien.

La Villa Arson a toujours célébré le sang mêlé en encourageant les recherches musicales de ses plasticiens, étudiants ou enseignants. Parfois sous des formes inattendues, comme avec L’orchestre inharmonique, dirigé par des musiciens tels que Lee Ranaldo du groupe Sonic Youth, Xavier Boussiron, et cette année par Claire Gapenne. Si l’orchestre a d’abord été réservé aux étudiants de la Villa qui jouent de la musique avec des instruments existants, fabriqués ou encore des objets de la vie courante, il est, depuis deux ans, rejoint par les élèves de l’école de Cergy (jamais en reste en termes d’aventures à mener). L’initiative en revient à Gauthier Tassart, professeur de vidéo et membre du groupe I Apologize, qui n’hésite jamais à militer en faveur de la pop, en reprenant des titres comme Funky town tout en pastichant les gestuelles des chanteuses Diamanda Galás ou Siouxsie Sioux.

Parmi les enseignants, il faut également citer, même s’il est aujourd’hui en retraite, Arnaud Labelle Rojoux, qui active ou réactive dans un esprit Dada, l’imaginaire du cabaret, du music-hall, de la romance en citant et parodiant Hervé Vilard, Elvis Presley ou encore Yves Montand. Le tout avec l’aide de l’artiste pluridisciplinaire Arnaud Maguet, un véritable acharné du son, qui, entre autres participations, joue du thérémine avec Jean-Luc Verna et ses DumDumboys. Depuis plus de vingt ans, il a fait de la fétichisation des figures musicales populaires l’objet presque unique de son travail. Après avoir réalisé de nombreuses œuvres à l’instar de LDRR’S Jukejoint (2004), une cabane en bois qui permet d’accueillir des concerts, il a aussi conçu un label discographique indépendant : Les Disques en Rotin Réunis. Aujourd’hui, il réalise des moyens métrages sur les grandes figures musicales comme Alain Johannes ou R. Stevie Moore. Et encore : Pascal Broccolichi qui spatialise les sons, Christian Vialard qui, tout en délivrant les secrets des cultures numériques à ses élèves, collabore avec Serge Teyssot-Gay, le guitariste de Noir Désir ou encore Agnès Gayraud, tout nouvellement nommée. À la fois professeure d’esthétique et chanteuse-compositrice sous le nom de La Féline, cette dernière a théorisé, dans un indispensable essai La dialectique de la pop, les pratiques musicales populaires que l’on aime sans jamais préjuger de leur caractère mineur ou majeur.

 

> Tainted Love, Club Edit, jusqu’au 26 mai à la Villa Arson, Nice