Liam-Sy Paquemar, <i>Entre</i> Liam-Sy Paquemar, Entre © D. R.
Critiques arts visuels

Liam-Sy Paquemar

Le jeune plasticien ne s’empare pas d’un « sujet », il le vit. Et son métier, il l’appréhende comme un chasseur aborde sa proie : en observant. Le dérèglement climatique incarne pour lui un « réchauffement global » duquel il tire des ficelles pour mieux percevoir les diverses connexions à l’œuvre dans un écosystème – artiste et spectateur compris.  

Par La rédaction de Mouvement publié le 4 févr. 2019

 

 

L’art semble une question assez dérisoire face à la « catastrophe climatique » en cours. Et pourtant, l’ « Anthropocène » est un concept fort thématisé dans la création contemporaine. Les œuvres exposées à Paris à l’occasion de la COP21, et d’un accord sur le climat finalement assez accessoire lui aussi, ont-elles participé à une réelle prise de conscience ou s’agissait-il d’un décorum de bon goût ? Aux discours moralisants, le plasticien franco-britannique Liam-Sy Paquemar préfère appréhender son travail comme un chasseur, c’est à dire sans concept préétabli, ni certitudes. Il observe son environnement, en retrace les origines sans s’en extraire mais bien au contraire en s’incluant tout entier dans cet écosystème, où la biologie, la géologie, l’archéologie se fondent dans les mythes et les différents systèmes culturels, économiques et politiques humains. Il en glane les motifs, agence peaux de bêtes et néons, végétaux et céramiques, reproductions de sculptures antiques archétypales et performances chorégraphiées ou chimiques. Le tout prend des allures de rituel où plane le spectre d’un Aby Warburg – premier théoricien de l’art à avoir cassé la linéarité historiciste au profit du pouvoir de rémanence intrinsèque aux images – qu’il faut imaginer en fin de soirée clubbing.

 

Liam-Sy Paquemar, Galactic tribute. p. D. R. 

Mieux, l’artiste s’identifierait à un « chaman », celui qui a la capacité d’entrer en communication avec le monde invisible des esprits, un passeur qui transmettrait à travers ses œuvres cette « expérience », écho à la manière dont de nombreux artistes autochtones d’Amérique du Nord appréhendent leur statut au sein d'une communauté. Il ne s’agit plus de décoder des symboles mais de les considérer comme des talismans qui ouvrent à d’autres réalités, ni de déconstruire mais de composer autrement, ou avec d’autres. Une vision cosmogonique de la création qui émerge jusque dans le choix d’un titre : « Le titre donné à l’exposition, Réchauffement Global, (et non Réchauffement Climatique) [présentée au siège des Nations Unies en automne dernier – Nda] ne doit rien au hasard, explique Liam-Sy Paquemar. Il a été formulé d’après la traduction littérale du terme anglais Global Warming qui, à la différence de la conception française du réchauffement climatique, met en lumière l’idée d’une interdépendance totale entre sujet et environnement. » Cette installation congédie les discours d’autorité, qu’ils soient politiques ou scientifiques, pour laisser le spectateur infuser dans une situation en déséquilibre, l’ouvrir à différents états – de l’euphorie à la détresse –, le laisser confronter ses propres fantasmes aux données factuelles, et finalement, l’incite à comprendre par le « vécu » ce que le « réchauffement » fait à l’échelle d’un corps. Ou comment tirer un fil depuis le nord des États-Unis, actuellement balayés par un « vortex polaire », jusqu’en Australie, confrontée à une vague de chaleur sans précédent.