<i>Mademoiselle</i> de Park Chan-Wook Mademoiselle de Park Chan-Wook © D.R.
Critiques cinéma

Mademoiselle

Cannes 2016 (6/15)

Le tâcheron coréen Park Chan-Wook propose une superproduction rétro qui fait le double de la durée normale tout simplement parce que le même montage d’une heure vingt est livré deux fois, ce que personne ne semble avoir remarqué tant on est de nos jours habitués à des métrages XL. À propos de XL, le film est non seulement X mais également SM. 

 

Par Nicolas Villodre publié le 27 mai 2016

Un escroc, faux-noble japonais et vrai faussaire coréen, parvient à faire engager une misérable voleuse comme femme de chambre, par une riche princesse nippone vivant cloîtrée dans son palais auprès d’un oncle bibliophile donc aussi, forcément, un peu érotomane et légèrement autoritaire sur les bords. Qui dit cloîtrée, dit, à force, dingo, anxieuse, et même suicidaire, suivant un héritage familial ou la malédiction ancestrale.

La notion de faux se communique peu à peu aux composantes du film, excepté, peut-être, les décors et costumes, sur lesquelles on n’a pas lésiné et qui ne donnent pas l’impression d’être en toc ou en stuc, en matte painting ou en image virtuelle; la belle photographie, signée Chung Chung-Hoon; la beauté réelle, cachée puis dévoilée, des deux comédiennes, Kim Min-Hee et Kim Tae-Ri. Le maquillage de l’oncle est outré et nous met la puce à l’oreille sur la qualité esthétique du film qui relève de la série B...

Si la même bande est diffusée deux fois (la deuxième en... contrebande), ce n’est pas pour qu’on le comprenne mieux ou apprécie à sa juste valeur la structure mais, au contraire, pour embrouiller ou troubler le spectateur, chaque partie ayant sa signification, sa morale ou sa fin. D’un château l’autre ou d’un enfermement l’autre : une des deux héroïnes, pas nécessairement celle à laquelle on pense de prime abord, devra passer de la case départ, du palais princier à l’asile psychiatrique. Comme dans Caligari, on ne sait plus qui est fou ou normal, déséquilibré ou lucide, aliéné ou sage. Qui est le dindon de la farce. Cette duplicité, on la retrouve dans le jeu de miroir de la séquence saphique limite porno. Et dans le finale explicitement sadien, qui se réfère, plus ou moins consciemment, au Dr Guillotin. Un bienfaiteur de l’humanité, comme chacun sait.

 

Mademoiselle de Park Chan-Wook, sortie française le 5 octobre 2016.