© Olivier Houeix
Critiques Danse photographie

Mouvement capturé

Échafaudée par le chorégraphe Pedro Pauwels, la quatrième édition de Mouvement capturé campe pour la première fois à Montauban. La petite ville occitane, berceau de l’illustre peintre néo-classique Ingres, sait faire une place aux travaux contemporains de cette biennale de la photo de danse.

Par Nicolas Villodre publié le 3 juin 2019

 

Il est intéressant d’observer l’accueil fait par la ville de Montauban, par ses habitants, la mairie, les services culturels et les associations locales à Mouvement capturé du chorégraphe Pedro Pauwels. Il faut reconnaître qu’une telle manifestation sort de l’ordinaire. Hybride par nature, la croupe entre deux chaises, elle combine tous les deux ans la danse et la photographie, un art présumé éphémère et son contraire, l’expression de la durée et celle de l’instantané, la capture et l’effaçure du geste.

D’autre part, la cité occitane était jusqu’ici, qu’on le veuille ou non, associée à la tradition classique : deux figures historiques de la peinture et de la sculpture, non des moindres, Ingres et Bourdelle, en sont natives. Pour ce qui est de la danse, le festival animé de longues années durant par Alain Marty était essentiellement consacré au ballet et au néoclassique. Et, il nous a paru d’autant plus audacieux de la part de la municipalité et des services culturels d’accueillir le contemporain sachant que la manifestation n’a pas obtenu – du moins pour le moment – la moindre aide du Ministère de la Culture : ni des organismes en charge du patrimoine photographique, ni de la délégation à la danse.

Les performances d’Hélène Pergès, Patrice Zorzi, Frédéric Volle, Camille et Axel Prépout, Lila Nagoya et Jade Pélaprat ont émaillé la déambulation en ville et les expositions photographiques réparties chez les commerçants et dans cinq lieux différents. Nous avons particulièrement été sensible au duo surréaliste de Lila et Jade Pélaprat qui a exploré et exploité tout ce qui pouvait l’être sur la scène exiguë d’une devanture de magasin. Sensible, nous l’avons aussi été face à la subtile variation orientale d’Hélène Pergès, performée elle aussi dans la vitrine d’une boutique, comme sur des tréteaux dans la cour de l’Ancien Collège, en plein cagnard.

Pour ce qui est du mouvement capturé proprement dit, nous avons découvert le travail plastique tout en finesse et en retouche de la danseuse Anne Perbal dans les portraits pris d’elle par la photographe Isabelle Whyte. Mais aussi, les images photo-théâtrales dans des formats inhabituels de la « lumiériste » Emmanuelle Stauble, qui dit elle-même préférer ce terme à celui d’éclairagiste. Mouvement capturé nous a également fait redécouvrir la technique singulière d’Elizabeth Prouvost dans sa nouvelle série de nus captés en noir et blanc, obtenus par le mouvement des modèles et effet de filé de l’appareil photo. Notons que la photographe ne veut pas entendre parler de « flou », aussi artistique fût-il.


> Mouvement capturé a eu lieu 31 mai au 2 juin 2019 à Montauban