<i>Neruda</i> de Pablo Larrain Neruda de Pablo Larrain © D. R.
Critiques cinéma

Neruda

Cannes 2016 (9/15)

Ce biopic, ou plutôt cette tranche de vie du poète communiste Pablo Neruda – le passage à la vie clandestine afin d’échapper à la police du régime autoritaire chilien – prend la forme d’une film-poursuite ou d’un jeu de cache-cache entre le poète et le policier lancé à ses trousses, façon Jean Valjean-Javert, Vautrin-Lucien de Rubempré, Sherlock Holmes-Moriarty...

Par Nicolas Villodre publié le 27 mai 2016

Dans l’immédiate après-guerre, après avoir fait campagne pour le candidat González Videla qui, une fois élu président du Chili – Guerre froide oblige – se transforme en dictateur d’extrême droite, Neruda devenu sénateur, se permet de critiquer vertement (et ouvertement) la politique gouvernementale. Et continue à soutenir le peuple des exploités, aussi bien à la tribune que dans ses recueils poétiques. Il est alors destitué mais continue, en un premier temps, à penser que son œuvre et sa réputation dépassant les frontières sont suffisantes pour le protéger, comme ce fut le cas de Picasso en France au début du pétainisme. Une réplique du film illustre bien l’état d’esprit de Neruda à ce moment-là : « En politique, l’insolence est une forme d’admiration. »

Soutenu par sa femme, une riche intellectuelle, ainsi que par le parti, l’auteur du Canto general se sent pourtant obligé de partir. Traqué, il doit en permanence changer de planque. Le parti pris du réalisateur du film consiste à faire du policier chargé de capturer le fuyard une figure métaphysique. C’est la voix de ce personnage de chasseur qui commente le récit des différents épisodes relatés. L’opposition entre le flic et l’artiste est inégale, mais la lutte ne tourne cependant pas en faveur du représentant de l’ordre. Cette figure de flic, le réalisateur Pedro Larraín l’a imaginé de toutes pièces. Il le conçoit comme bâtard de naissance, fils de courtisane et, en définitive, créature de l’écrivain. Le cinéaste s’autorise lui aussi une licence poétique qui transforme la reconstitution en fiction.

La base documentaire est convaincante. Très pédagogique, le film montre par quels moyens très simples un texte reproduit à une trentaine d’exemplaires tout bêtement envoyés par la poste après avoir été répartis dans différentes boîtes à lettres, il est possible de diffuser et de faire circuler les écrits les plus révolutionnaires qui puissent être. La séquence finale dans la montagne enneigée relève du genre western. Les scènes ou les fantasmes orgiaques qui traversent sans cesse la narration tendent à démontrer que le poète s’intéressait aussi (et surtout?) à la chose érotique.

Quant aux trois comédiens principaux, ils sont remarquables. L’acteur qui joue Neruda, Luis Gnecco, nous a paru sensationnel. Plus vrai que nature.

 

Neruda de Pablo Larrain, sortie française non annoncée.