<i>Notre foyer</i> de Florian Pautasso Notre foyer de Florian Pautasso © Vinciane Lebrun.
Critiques Théâtre

Notre foyer

Notre foyer est une histoire de départs répétés. Le metteur en scène Florian Pautasso y explore le carrefour des trajectoires dans les tout-petits gestes qui les précipitent.

Par Moïra Dalant publié le 29 oct. 2018

Sur un plateau baigné d’une lumière feutrée, des personnages entrent et se saluent. Ces personnages portant le prénom de leurs acteurs et les marques de leurs personnalités : gêne accrue, esprit rêveur. Stéphanie, Elsa, Eugène, Ava… il semblerait qu’on les connaisse déjà. Chez Florian Pautasso, (lire ici le portrait) il faut tendre l’oreille et plisser les yeux :  tout se joue dans l’intimité la plus épurée, le moindre geste, les hésitations. Et c’est justement dans ces endroits de « non jeu », dans les petits défauts de l’humain, que se transmettent l’humour et l’émoi. 

Notre foyer est une histoire de départs répétés. Les personnages s’en vont, ou déclarent qu’ils partent ; ils ne savent pas toujours où mais explorent tous les possibles du comment. Si on pouvait ajouter un contexte extérieur ou mondial dans lequel implanter ces échafaudages de plans de vie, celui-ci pourrait bien être un fond d’apocalypse en gestation : quand Elsa se construit un bunker naturel, Stéphanie prend la tangente, sorte d’exil volontaire. Florian Pautasso aime enfoncer ses doigts dans l’intangible, la fragilité des obsessions, dans la sinuosité de nos désespoirs et détresses les plus élémentaires. 

 

Peu d’objets accompagnent la réalité de ses personnages/acteurs, la confiance et l’amour que le metteur-en-scène leur porte suffisant à remplir l’espace imaginaire qu’ils occupent face à nous et pour nous. Seuls quelques tréteaux et leur planche forment une table, des feuilles vierges, des morceaux de sucre ou des biscuits du Mont Saint Michel grignotés à même le sol suffisent à nous rappeler que les rêves s’inscrivent obstinément dans le concret. 

« On pourrait inventer » comme maître-mot, ou règle de vie. La vie au conditionnel et au subjonctif, le mode du possible par excellence, et donc celui du rêve où tous les scénarii sont imaginés, pour entrer dans l’aléatoire et en réchapper. Parce que même dans l’invention, il s’agit d’être précis, de se « projeter ». C’est-à-dire se préparer entièrement et intimement à sa propre disparition. Il en est de même de toute création qui se frotte à la réalité. Le chemin de tous les possibles se ponctue d’ambivalences : : se perdre dans le labyrinthe, hiberner, tester les variantes, subir de longues années de gestation pour finalement arriver vers un choix, décisif, qui s’avère parfois être celui du rien.

 

> Notre foyer de Florian Pautasso a été présenté du 16 au 20 octobre au Théâtre de Vanves