<i>Le Sleepworker</i> de François Sabourin Le Sleepworker de François Sabourin © p. Mirabel White
Critiques Théâtre Performance

Nuits sans sommeil

Poésie du vivre et soif d’aimer, c’est ce dont parle John Giorno, c’est ce que montrent les portraits d’Andy Warhol. De leur enfance à leur premier succès, musique d’une genèse.

Par Moïra Dalant publié le 10 juil. 2017

L’entrée dans l’auditorium de la Collection Lambert est en elle-même comme une incursion impromptue dans une toile d’Yves Klein, espace du rêve et du possible. Et c’est bien une rêverie que propose le comédien François Sabourin – un doux aparté dans la démesure théâtrale du festival –, une traversée musicale dans le « New York New York » d’Andy Warhol et John Giorno. Le Sleepworker est une forme de performance concert et VJ érotique pour John et Andy : colocataires et artistes en devenir dans la grande pomme foisonnante des années 1970.

Le Sleepworker ausculte les faits et gestes de ces figures incontournables de la scène artistique new-yorkaise. Mais ici pas encore de succès, plutôt les débuts, les difficultés et les rêves. C’est de l’acte créateur, de sa nécessité et de son lieu de naissance dont il est question : le cerveau alcoolisé d’un artiste. Ça peut prendre naissance comme ça.

John et Andy, nous les découvrons pris dans les méandres de la vie nocturne de New York, à travers un récit qui dessine leurs fragilités de jeunes adultes, paresseux, paranoïaques, lubriques et brillants déjà. La voix rauque du comédien entraine d’images en situations, banales ou fondamentales, dans une atmosphère nébuleuse à la fois pop et rock n’ roll. Les cheveux d’ange d’Andy, les partouzes en sous-sol, le travail oisif de l’artiste : François Sabourin brosse un portrait de ces Deux jeunes artistes au chômage, texte adapté du roman de Cyrille Martinez.

On se laisse embarquer dans les rues et les sons new-yorkais, quand enfin John lit un poème et Andy enlève sa perruque : mise à nu des deux artistes pionniers pour les générations à venir.

Immergée dans une création vidéo et musicale omniprésente, la performance devient concert, la voix du comédien prend des envolées de chanteur rock. En collaboration avec l’artiste plasticien Moolinex, le projet a pris différentes formes en quatre ans. Installation, performance, objets commercialisables : une mini factory à l’instar du phénomène Warhol.

 

 

> Le Sleepworker de François Sabourin, jusqu’au 13 juillet à la Collection Lambert, Avignon