<i>Zaï Zaï Zaï Zaï</i> mes par Paul Moulin Zaï Zaï Zaï Zaï mes par Paul Moulin © D. R.
Critiques festival littérature

Oh les beaux jours !

Si les deux premières éditions du festival littéraire marseillais avaient su trouver leur public grâce à une programmation exigeante quoique légèrement convenue, ce troisième exercice hybride insolemment les formes.

Par Emile Poivet publié le 14 juin 2019

Il y a quelque chose de légèrement oxymorique dans la notion même de « festival littéraire » : le roman est généralement le lieu d’une rencontre entre un lecteur solitaire et un auteur unique ; un festival, à l’inverse, appelle une émulsion collective. Pourtant, les écrivains ont bien besoin de pouvoir s’afficher ailleurs que sur les étagères poussiéreuses des librairies ; et c’est précisément ce décloisonnement de la littérature que tente d’opérer le festival Oh les beaux jours ! sous le soleil marseillais, depuis trois ans déjà.

 

 

Du Théâtre de la Criée, sur le Vieux-Port, aux jardins du Mucem en passant par la grande bibliothèque de l’Alcazar, l’évènement est pensé pour brasser large. Si les deux premières éditions avaient su trouver leur public grâce à une programmation exigeante quoique légèrement convenue, ce troisième exercice hybride insolemment les formes. Ici, la littérature dialogue avec les sciences sociales, les sciences dures, la musique ou la bande-dessinée : on aura vu l'historien Patrick Boucheron cuisiné par l'écrivain Arno Bertina ; l'anthropologue Philippe Descola en conversation avec Alessandro Pignocci, auteur d’une bédé sur la ZAD ; l’aueur Vincent Message accompagner le philosophe Baptiste Morizot sur la piste animale. Au rendez-vous des grands entretiens, il y avait l’écrivaine Maryse Condé, le dramaturge Stephano Massini et le dessinateur Enki Bilal.

La grande majorité des évènements sont gratuits, et les salles souvent combles. Alain Damasio aura par exemple fait se lever le public de la Criée grâce à la lecture d’une scène d’émeute sur le Vieux-Port de Marseille en 2041, extraite de son dernier roman Les Furtifs, accompagné de deux musiciens électroniques et d’une projection visuelle hallucinogène. Même succès pour le spectacle Zaï Zaï Zaï Zaï, enregistrement radiophonique en direct de la bande-dessinée éponyme de Fabcaro, qui sera joué deux fois. La soirée se termine autour d’un cubi de rouge offert par la production. À la sortie du théâtre, l’air est marin, le soir est doux. Oh les beaux jours.

 

> Le festival Oh les beaux jours ! a eu lieu du 28 mai au 2 juin, à Marseille