Critiques cinéma

Once Upon a Time... in Hollywood

Quentin Tarantino a perdu l'esprit rock qui l'animait jusqu'ici, le punch auquel nous étions habitués et l'efficacité de son montage au profit d'une esthétique indécise, pour ne pas dire baba cool, censée coller à l'année 1969 où se situe son récit.

Par Nicolas Villodre

 

 Si on ne peut rien reprocher au travail de reconstitution de l'époque, il n'en va pas de même du contenu qui nous délivre, en l'espèce au moins deux sujets tout à fait distincts : les affres d'un acteur sur le retour et l'allusion transparente à l'assassinat de Sharon Tate et de quatre de ses amis par la secte sataniste de Charles Manson. Cela pour dire que l'auteur donne l'impression d'avoir hésité entre les sujets et, en tous les cas, n'a pas osé aborder frontalement le second.

Ces deux thèmes réunis expliquent en partie la durée extravagante de la chose : près de trois heures montre en main. Dans la deuxième partie de la bande, Tarantino s'adonne, comme d'habitude, à l'humour noir, les hippies en faisant les frais – la « famille » Manson étant assimilée dans le meilleur des cas à cellule hippie dissidente, plus probablement portée sur le « love » en interne et sur le « hate » en externe. Manson, que des portraits montrent avec une croix gammée gravée sur le front, n'avait rien d'un enfant de coeur. Tarantino traite d'ailleurs une de ses disciples à la façon dont son protagoniste comédien, incarné par l'excellentissime Leonardo Di Caprio, mettait terme à une assemblée d'officiers allemands dans un film de nazisploitation : au lance-flammes. Sa doublure pour les scènes de cascade, jouée avec nonchalance par Brad Pitt, le visage plus acéré que jamais, n'est pas en reste, qui distribue des torgnoles à la ronde, façon Bud Spencer.

Le premier film, autrement dit la moitié de ce très long métrage, par ailleurs touchant, est consacré à un acteur de feuilletons télé sur le déclin et un peu sur la dérive. Auquel un producteur (campé un peu trop à la va-vite par Al Pacino) conseille le recyclage dans les séries B de Cinecittà. Les scènes tragi-comiques ne manquent pas. Les répliques et les gags font mouche – on pense à la bagarre entre le cascadeur et... Bruce Lee ainsi qu’à la séquence de tournage dans un saloon où le comédien a des trous de mémoire. Di Caprio fait par moments penser à certains personnages tchékhoviens. Une version resserrée au lieu de celle, bouclée pour ne pas dire bâclée du fait du deadline cannois, optant pour l'un ou l'autre des scénarios, eût été sans doute, comme les meilleures plaisanteries, meilleure.

 

 

> Once Upon a Time... In Hollywood de Quentin Tarantino, sortie 2019