Exhibition view, Ettore Spalletti, Ce qu’il y a de plus profond dans l’homme, c’est la peau, Galerie Marian Goodman Paris, 2018 Exhibition view, Ettore Spalletti, Ce qu’il y a de plus profond dans l’homme, c’est la peau, Galerie Marian Goodman Paris, 2018 © Rebecca Fanuele.
Critiques arts visuels

Peinture de l’espace

Ettore Spalletti produit des formes colorées à l’apparence minimaliste, mais il se dit peintre et sa recherche touche à la représentation du réel. Sa dernière installation-exposition était présentée à la Galerie Marian Goodman à Paris. 

Par Irene Panzani publié le 11 juin 2018

 

 

Les expositions d’Ettore Spalletti sont plus qu’une simple monstration d’un ensemble fragmentaire d’œuvres. Celles-ci se présentent comme des installations uniques. Chaque pièce y existe en elle-même comme en relation avec les autres et l’espace qui les accueille, singulières et plurielles.

Minimalistes en apparence, ses œuvres relèvent d’une recherche de représentation du réel et d’un traitement des couleurs qui s’inspire des grands maîtres de la Renaissance, que l’artiste admire profondément. Les couleurs qui caractérisent le plus son travail son le bleu clair, le rose et le gris. Le bleu est la couleur du ciel, « mais si tu essaie de trouer le ciel avec un doigt, qu’est-ce que tu trouves ? Tu es dans une réalité contemplative. (1) » Le rose est la couleur de la chair et elle se transforme avec les émotions de qui habite un corps. Très présente dans l’exposition à la Galerie Marian Goodman, la couleur grise représente quant à elle l’hospitalité et l’accueil car elle se marie avec toutes les autres couleurs.

C’est grâce à ces couleurs que ces œuvres, volumes imposants, dialoguent avec l’espace. « Les pigments posés librement sur la surface annulent la ligne du contours et la géométrie de la forme se casse. » Chez Marian Goodman, on retrouve l’univers de formes propre à l’artiste : des tableaux composés d’une superposition de bois de couleurs différentes que Spalletti nomme « Paysages » ; des panneaux installés sur les murs comme pour créer des fissures, des fenêtres entrouvertes ou des volets ; des sculptures cônes, colonnes ou cubes dont les angles sont coupés et rappellent les ruines. « J’aime faire échouer (naufragare) le poids dans la couleur », explique-t-il. Et nous échouons aussi à l’intérieur de l’exposition, comme à l’intérieur d’un paysage qui se donne à voir sans agresser l’œil et se traverse, pacifiquement, car toutes les œuvres parviennent à coexister dans cette « maison » accueillante, conçue par l’artiste.

 

Aller tous les jours à l’atelier


Difficile, avec Spalletti, de parler de tableaux, mais l’homme se sent et se dit peintre. Sculpter, projeter une chapelle comme celle de Villa Serena à Città Sant’Angelo (Pescara), c’est encore peindre. Pourtant, le processus créatif de Spalletti rappelle davantage le travail d’un constructeur de bâtiments. Chaque jour, à la même heure, pendant deux ou trois semaines, il étale une couche subtile de couleur sur ses supports en bois jusqu’à obtenir l’épaisseur qu’il veut. On ne verra la couleur qu’à la fin, lorsque les pigments se dispersent sur la surface, pigments libres qui restituent la transparence et la profondeur en même temps du tableau. 

Ettore Spalletti est né en 1940 et a vécu toute sa vie en Italie, à Cappelle sul Tavo, un village dans la campagne des Abruzzes, embrassée par l’Adriatique d’un côté et les Apennins de l’autre. Il s’est formé à Pescara au Lycée artistique où il a par la suite enseigné quelque temps. Il enseignait la peinture et demandait à ses élèves de nettoyer les vitres des fenêtres qui donnaient sur la mer. Le regard qu’il porte sur le monde est incarné, connecté au corps dans son entier et au paysage qu’il traverse tous les jours. « Le long de la route qui mène à mon atelier, tu peux ouïr le son des cloches le soir au coucher de soleil, tu sens qu’il y a encore des personnes qui ont envie de cultiver leur potager, mais en même temps, tu sens la présence encombrante des grands bâtiments industriels parmi les petites maisons. Quand tu ouvres la porte de l’atelier, tu es dans un autre lieu, tu es chez moi. Mon rapport à l’art, c’est aller tous les jours à l’atelier, marcher à l’intérieur, me regarder tout autour. »

 

> Ce qu’il y a de plus profond dans l’homme, c’est la peau a été présentée jusqu’au 26 mai à la Galerie Marian Goodman, Paris

 

1. Carlos Basualdo in Ettore Spalletti. Un giorno così bianco, così bianco, Electa, Milan, 2014, pp. 25 - 37.