Pièce courte 1 de Maxime Kurvers, © Anne Beaugé.
Critiques Théâtre

Pièces à bascule

Maxime Kurvers

Au tournant de son parcours de scénographe, Maxime Kurvers s’essaie à la mise en scène avec Pièces courtes 1-9. Créée à la Ménagerie de verre à l’occasion de l’édition 2015 du festival Étrange cargo 2015, la pièce est de retour à la Commune d’Aubervilliers les 14 et 15 avril. 

Par Dorothée Chapelain publié le 13 avr. 2016

Chacune de ces pièces – courtes et au nombre de 9 comme l’indique le titre – invite à la contemplation. Avec leur scénographie épurée, elles nous transportent dans des situations variées qui modifient autant l’expérience des interprètes que celle de celui qui regarde. Chacune, commence par un « Je » : « J’essaie d’avoir une idée », « Je décide de voir quelques arbres »... Et chaque proposition en entraîne une autre, dans un jeu de bascule. La question reste de savoir « comment », car Maxime Kurvers excelle dans son jeu avec l’imprévisible et sait créer, sur le plateau, une stimulante tension.

Première pièce. La sobriété de ton de la jeune femme qui nous fait face invite de prime abord à l’identification. D’une seule action, a priori d’une banalité navrante, – ouvrir l’emballage d’un gâteau – elle réussit à nous traverser de multiples états. Et à l’aide de fortune cookies, à interroger notre manière de regarder notre quotidien… Et puis dans la répétition de l’action, un retour à soi s’opère. Le spectateur fait volte-face dans une hilarité qui agit comme un sas de décompression et vient déstabiliser les automatismes journaliers. Dans l’instant du plateau, le temps réel se réinvente : une sculpture de fortune

Pièce courte 3. Photo : Anne Beaugé. 

Quatrième pièce. Un des interprètes, tel Monsieur tout le monde, s’agenouille à côté d’ un ordinateur qu’il pose à terre dans une posture d’adoration. Comme s’il s’agissait d’un objet de culte, il l’ouvre, le met en tension puis s’exclame : « Hello Marocco ! Bonjour swenden ! Hello… Je m’initie à l’amour. » Quelqu’un à l’autre bout du bout du monde lui répond en temps réel. Monsieur tout le monde lui demande « Est-ce que vous pouvez m’aider, c’est quoi l’amour pour vous ? » Surgit un dialogue surréaliste entre l’internaute, Monsieur tout le monde et le public, interrompu par une proposition poétique hors norme dont seul le vécu ne trahira pas la qualité esthétique. Vous pouvez maintenant vous initiez  à la musique classique  (Pièce 6), ou vous laisser dire une utopie communiste (Pièce 7) !

Le regard du spectateur en sortira dessillé, comme s’il réapprenait à voir ce qu’il avait oublié depuis longtemps : la matière de son quotidien. De 1 à 9, les masques se retirent dans le vacarme. On apprendra à se regarder en face, à se moquer de soi, à se défaire de la violence imposée, entre plaisir jubilatoire et pathétique collectif.

Souvent, le quotidien prend l’apparence d’un mauvais rêve.Il faudrait apprendre à s’en construire de nouveaux, dans cet écart dont est porteur la création de Maxime Kurvers. Dans ce double langage ambiant et cet effort tendu vers le ridicule, les 9 pièces parviennent à résister à l’horreur, « Under pressure », clin d’œil à David Bowie en sourdine. 

 

Pièces courtes 1-9 de Maxime Kurvers, les 14 et 15 avril puis les 3 et 4 juin à la Commune, Aubervilliers.