Pulse Constellations de Gabriel Schenker © Bart Grietens

Pulse Constellations

Le Musée de l’Orangerie n'a pas fini d'infiltrer la danse dans les Nymphéas de Claude Monet et poursuit sa série avec l’Américain Gabriel Schenker. Pulse Constellations capte des fréquences qui appellent à la transe.

Par Nicolas Villodre publié le 30 mai 2019

La citation du poète irlandais William Butler Yeats en exergue de la feuille de salle distribuée au public où il est question d’« empreintes de pas qui s’effacent perpétuellement » définit la marche et la danse en général. Elle convient parfaitement à la danse de Gabriel Schenker, à base de gestes cancellés à peine esquissés, escamotés par d’autres qui leur sont assez vite juxtaposés, substitués. D’abord sur un tempo mesuré, puis avec une certaine hâte, un empressement relatif, une ardeur affirmée. Une énergie qu’il entretient pendant chacune des trente minutes de Pulse Constellations.

Passé par P.A.R.T.S. (Performing Arts Research & Training Studios), autrement dit par l’école de danse contemporaine fondée à Bruxelles dans les années 90 par la chorégraphe Anne Teresa De Keersmaeker, Gabriel Schenker a par ailleurs roulé sa bosse, étudié la philosophie, collaboré avec Rosas - la compagnie de Anne Teresa De Keersmaeker - ainsi qu’avec Thomas Hauert, Eleanor Bauer ou Alexandra Bachzetsis avant de se lancer dans la chorégraphie.

Son solo tire son titre de la musique électronique de style répétitif l’accompagnant, Pulse Music III (1978) de John McGuire. Plus qu’à l’unisson, la danse cherche des équivalences ou des correspondances avec une structure musicale plus complexe qu’il n’y paraît, d’une précision horlogère, associant subtilement des blocs sonores de différentes textures, intensités et fréquences, les opposant ou au contraire les fondant, des ritournelles tonales hypnotiques, en appelant à la transe. L’interprète est élégant, sa chorégraphie abstraite.

Pulse Constellations n’a rien d’une épreuve, rien non plus d’un exercice de style. C’est une expérience sensorielle pour les spectateurs, psychophysique pour le soliste.


> Pulse Constellations de Gabriel Schenker a eut lieu le 27 mai au Musée de l’Orangerie dans le cadre de Danse dans les Nymphéas