<i>Histoire spirituelle de la danse</i> de David Wahl, Histoire spirituelle de la danse de David Wahl, © Alain Monot.
Critiques Performance

Qui a peur de la danse ?

David Wahl

À la maison de la poésie (Paris), David Wahl poursuit ses intimistes causeries. De liens logiques en dérapages digressifs contrôlés, il détricote dans Histoire spirituelle de la danse, les causes historico-religieuses de la chorophobie (peur de la danse). 

Par Aïnhoa Jean-Calmettes publié le 10 nov. 2015

Serrés les uns contre les autres dans les caves de la Maison de la poésie, éclairés à la (fausse) bougie, face à un homme étrangement accoutré, on se croirait dans un cénacle du XVIème siècle. Une sorte de confrérie ou de société secrète où l’on viendrait en toute discrétion recevoir un enseignement illicite. Y’aurait-il eu des travaux pratiques qu’on aurait volontiers évoqué un cours de dissection anatomique. Objet central du discours, nous n’aurons pourtant à voir du corps que deux ossements : David Wahl est un magicien de la parole, pas de l’illusion visuelle.

Savoureux de curiosités historiques et d’intelligence, le texte d'Histoire spirituelle de la danse ne prend toute sa dimension que dans la bouche de son auteur. On ne s’aventurera pas à présager qui, de David Wahl ou du public, prend le plus de plaisir à écouter cet ovni discursif qui part dans tous les sens et se nourrit de tout.

Jouissant d’une écoute religieuse il entremêle les anecdotes avec un sens du rythme que la danse elle-même pourrait lui jalouser. Les spectateurs suspendus à ses lèvres, il joue de la pause (ou pose) comme un dandy. Le voici donc qui tournicote des mains, ou boit dans sa majestueuse coupe pour ménager la chute. Tantôt écarquillés, tantôt plissés, parfois roulants, souvent frondeurs et toujours brillants de malice, les yeux de David Wahl sont un spectacle en soi. Ils invitent à regarder ailleurs, si ce n’est entre les lignes.

Les divers fantasmes qui entourent la danse, art d’un corps jugé dangereux – si ce n’est source de tous nos maux – ou poussant au vice font rire, parce que les récits dépliés parlent de temps anciens, semble-t-il. Quelques récents événements reviennent pourtant. Les difficultés rencontrés par Mélanie Perrier, Luke George et Connor lorsqu’ils interrogeaient la nudité sur les scènes des Rencontres chorégraphiques de Seine-Saint-Denis au printemps dernier (1). Les attaques de l’élu FN Stéphane Ravier contre une exposition à la Friche belle de mai présentant les œuvres de Stu Mead et Reinhard Scheibner à l’automne. Qui poussa, en signe de résistance, des élus communistes de Marseille à dérouler à leurs fenêtres L’origine du monde de Courbet. Si la chorophobie a péri dans les flammes des Lumières, force est de constater que le nu continue d’inquiéter.

 

1. Lire « Les nouveaux iconoclastes » la chronique de Gérard Mayen dans le n° 79 de Mouvement.

2. Lire l’article de Libération « À marseille, le FN manifeste contre une exposition qu’ils accusent de pédopornographie » 

 

 

Histoire spirituelle de la danse de David Wahl, du 20 février au 4 mars à la Maison de la Poésie, Paris