© Simone Fratini
Critiques Danse Musique

Rocío Molina

Rendez-vous chorégraphique et musical de début d'année, le Festival flamenco du théâtre de Nîmes accueille la performeuse andalouse Rocío Molina. Avec le guitariste Rafael Riqueni, son Impulso est un récital à deux voix, fait de rythmes complexes et de gestes calligraphiques.

publié le 21 janv. 2020

Avec Impulso, effaçant Grito Pelao, sa décevante prestation théâtrale au côté de sa mère comédienne la saison dernière, Rocío Molina nous revient comme on l’aime depuis le début. Autrement dit, unique en son genre, impériale dans ses interventions chorégraphiques, maîtresse d’un singulier ballet.

Le visage moins poupin que jadis, elle est accompagnée par un virtuose de la six-cordes, Rafael Riqueni, qui avait disparu du paysage après des affres et des troubles divers, mais qui demeure du niveau artistique d’un Paco de Lucía. Ce guitariste, nous a dit la danseuse, représente pour elle « un rêve, un cadeau de la vie. » En moins d’une heure chrono, elle aligne une dizaine de tableaux gestuels inspirés et illustrés live par les compositions du dernier disque enregistré par le musicien, le tout judicieusement dosé et agencé. On peut d’ores et déjà affirmer que cette rencontre inattendue restera un modèle de récital à deux voix.

Paradoxalement, les deux novateurs dans chacune de leur discipline ont utilisé des références plus classiques que purement andalouses. Les thèmes musicaux étaient quasiment impressionnistes et les routines dansées pouvaient faire songer à certaines chorégraphes des années trente, à Lisa Duncan, à Yvonne Georgi, à Niddy Impekoven.

Tout se passe comme si Rocío Molina s’était donné pour contrainte de ne pas tirer profit de son étourdissant zapateado - danse rapide faite de claquements de talons. Elle effleure le sol de l’arête intérieure du pied droit, elle glisse, multiplie les petits pas de geisha en tenant un minuscule éventail pour l’occasion, elle frappe en de rares occasions le plancher, préférant explorer d’autres types de mouvements, notamment de bras, de poignets et de doigts.

Une des nouveautés du jour est la longue série de courbures en arrière, le torse étant presque en rupture, comme le fameux roseau pascalien. Le taconeo étant tenu, la ligne était ténue. La danse, fluide, sans brisure ni accroc relevait de l’écriture calligraphique. Malgré l’abstraction géométrique de la pièce, certains éléments représentatifs perçaient ici ou là : des froncements de sourcils, des regards lointains, des sourires en direction du musicien, autant de signes d’une certaine danse d’expression. Il ne faut pas oublier le côté joyeux de cette nouvelle impulsion, les mimiques, les brusques changements de direction, l’empaquetage du corps dans un lourd jupon de tissu bouillonné, sorte de carcan du cancan : Rocío Molina nous invite avec Impulso à entrer dans son monde intérieur.


> Impulso de Rocío Molina les 17 et 18 janvier au Théâtre de Nîmes dans le cadre du Festival flamenco ; le 1er février au Théâtre National de la Danse à Chaillot, Paris dans le cadre de la Biennale d'art flamenco