<i>J.C.</i> de Juliette Navis J.C. de Juliette Navis © p. D. R.
Critiques Théâtre

Sagesse surprise

Avec J.C., Juliette Navis met la prose de Jean-Claude Van Damme au service d'une réflexion psychanalico-économique. 
Par Sophie Puig publié le 12 avr. 2017

 

Inspiré des écrits de l’économiste Bernard Lietaer, le spectacle explore la notion d’archétypes dans la psychanalyse jungienne pour « essayer de comprendre comment le système monétaire façonne nos émotions collectives ». Seul en scène, Douglas Grauwel, figure de Jean-Claude Van Damme, nous amène dans son récit comme on déplie une carte routière et questionne, outre l’économie, les grands sujets de la vie : notre place au sein de l’univers, les bizarreries du corps, notre rapport à la nature, l’amour. Et ce, toujours à la manière, si singulière, de Jean-Claude Van Damme.

Le récit débute dans une station spatiale : entre deux trous noirs, J.C., doit récupérer une DS mère, un objet important qui doit lui permettre de sauver l’humanité. À partir de là, l’homme se lance dans de grandes théorisations et ouvre de nombreuses parenthèses. Avons-nous bien conscience de notre relation aux ancêtres ? De la place, envahissante, de nos egos ? De l’état de notre planète ? De nos fraternités ? De nos corps ? Les ramifications du discours sont nombreuses et on se demande si ce qui est en train de se dire a du sens. Puis soudainement, l’air de rien, les concepts se déroulent doucement, mais sûrement, comme des pelotes. Et une idée délirante prend la forme d’une rampe à réflexion.

C’est de prime abord un peu naïf, ou intellectuellement curieux. Et pourtant, ce qui se dit dans cette simplicité saugrenue est d’une portée toute autre. Parmi les scènes saillantes et hilarantes, celle où il présente l’histoire d’un couple. L’homme n’aime pas sa femme, et elle le sent, pourtant, ils ferment les yeux et continuent d’avancer. Selon les mots employés, tous deux ont laissé leurs « guerriers au placard », comme le voudrait la société : on se conforme à des visions, à des attentes. Et d’incarner Masoch et Sado à vélo et de les faire dialoguer dans un crescendo des plus justes, jusqu’à éclatement final.

Le verbe emprunte au coaching et au champ lexical du développement personnel, accompagné d’un corps tout en justesse. Tantôt machine à bruitage, tantôt outil de démonstration, il explore l’infiniment petit et l’infiniment grand de ses capacités. Accompagnateur d’une pensée brute, il est mobilisé d’une façon tout aussi brute. Il s’étire, se montre et fournit peu d’efforts, entre stagnation et démonstration. Et pour coller à cette forme d’écriture en plateau et à J.C., son personnage, le danseur porte un jogging et des chaussures fluos. Évoluant dans un carré de lumière projeté au sol, duquel il ne sort jamais, il est sur un ring. Comme Van Damme, il envoie des uppercuts réflexifs.

La mise en scène renforce le va et vient qui anime le spectacle, qui oscille entre dire les limites et les infinies possibilités des choses en apparences circonscrites. Autrement dit, les apparences sont trompeuses. L’idée n’est peut-être pas de dire qu’il faut mésestimer J.-C. Van Damme, mais qu’il faut écouter avec générosité. Rester connecté, à soi, aux singularités. C’est d’actualité.

 

> J.C. de Juliette Navis, a eu lieu les 5 et 6 avril au Centquatre, Paris (festival Séquence danse)