<i>Sculpturing songs</i> de Elpida Orfanidou Sculpturing Songs de Elpida Orfanidou © David Gallard

Sculpturing Songs

Danseuse cabaretière à la fois timide et culottée, la performeuse grecque Elpida Orfanidou s’essaye à un concert chorégraphique - Sculpturing Songs - sur les pentes du Dance-Park d’Olivia Grandville au Lieu unique de Nantes.

Par Nicolas Villodre publié le 8 avr. 2019

Un chant d’amour traditionnel, un air grec des plus archaïques, inaugure lyriquement la soirée. Notre Aphrodite d’un soir est vêtue d’une chemisette et d’un pantalon sombre, fixé tant bien que mal à la taille par une ceinture en coton un peu lâche ; elle a chaussé bottines à talonnettes ; elle est coiffée d’une perruque blonde à frange.

Elpida Orfanidou semble vaquer à ses occupations côté cour. Dans son coin cuisine ou loge de maquillage elle prépare et fait infuser thé grec et cacao qu’elle partagera par la suite avec l’audience. Elle nous tourne le dos, feignant d’ignorer notre présence ou bien trop concentrée par ce qui l’importe. Elle chantonne au micro, superposant sa voix sur celles des chansons amplifiées par le système son de la piste de skate en bois clair. Il lui arrive de tapoter sur son ordinateur portable ou sur son smartphone, pour y puiser, suivant l’humeur du moment, ces pistes de musique. Sa playlist alternera chants folkloriques grecs et extra-européens, rhythm and blues, slows sirupeux et frivolités guillerettes. Tout au long de la séance, elle se balance nonchalamment, au rythme des morceaux.

En forme de vague, l’ornement aérien de l’espace théâtral est tout aussi léger que la prestation à laquelle nous assistons. Aux rubans suspendus dans la longueur de la salle comme des cordes à linge, sont accrochés d’autres rubans, des photos, des dessins bon marché achetés en pays aztèque, gravés à l’emporte-pièce sur papier crépon, ainsi que deux hamacs.

 

Sculpturing Songs de Elpida Orfanidou p. David Gallard

 

Elpida Orfanidou finit par se tourner vers nous et se montrer telle qu’elle est : accorte, aimable, sociable. Cela n’empêche nullement quelques spectateurs, donnant l’impression de s’être trompés de salle, de déguerpir sans demander leur reste.

Les deux hamacs accrochés aux cintres seront utilisés, l’un par une fillette de sept ans qui traduira bénévolement en français les propos tenus en anglais par la Grecque, l’autre par un adulte s’assurant de la solidité de l’équipement. Inutile de préciser que ces moments de sieste sont accompagnés de chants hawaïens, caribéens, sud-américains, mais la jeune femme retombe sur ses pieds avec San Star Tou Sinema de son compatriote Nikos Ziogalas.

Cette soirée s’est achevée comme elle a commencé, de manière informelle, suivant un protocole minimal, serein. On pense alors à ce vers de Julien Gracq où il est question des « longs jours alcyoniens qui bercent comme un hamac ».

 

> Sculpturing Songs de Elpida Orfanidou a été présenté les 4 et 5 avril dans le cadre du Dance-park d’Olivia Grandville ; jusqu’au 28 avril au Lieu Unique, Nantes