<i>Vania 10 ans après</i> du Blitz Theatre Group, Vania 10 ans après du Blitz Theatre Group, © Despina Spyrou.
Critiques Théâtre

T'as pas l'âge

Blitz Theatre Group

Vania. 10 ans après, du collectif grec Blitz Theatre Group clôt sur une note nostalgique quoi que paradoxalement pleine d’espoir, les festivités de Théâtre en mai à Dijon. 

Par Aïnhoa Jean-Calmettes publié le 5 juin 2015

Avec le recul, nécessaire pour incorporer toutes les impressions et images de ce dense week-end de festival, on commencera par la fin. Guidé, sans doute, par l’énigmatique devise de Marie Stuart, qui hante, dans un sens comme un autre, Vania. 10 ans après, du Blitz Theatre Group : « En ma fin est mon commencement. »

Cette pièce qui formait, en regard à Late Night, le deuxième pendant du diptyque présenté à Théâtre en mai, aura couru dans toutes les conversations attrapées au vol. Du restaurant, où l’on s’excusait du drôle d’état second dans lequel la représentation avait laissé, à l’entrée du théâtre Mansart où l’on entendit « Jusqu’à hier, je pensais que j’étais immortel. »

D’une certaine manière, les dés de la réception étaient donc pipés. Avant même que Christos Passalis ne traverse le rideau blanc et vaporeux pour livrer, un peu de biais, son premier monologue, on avait peur de la claque. Et puis. Et puis la douceur de la langue grecque, la grâce de Angeliki Papoulia, l’émotion contenue du compte à rebours de Giorgos Valais. Ni claque ni angoisse.

On traverse la pièce guidé par l’omniprésence de la musique, l’attention un peu flottante, la tendance à l’intellectualisation agréablement tenue à distance. À mesure que le salon bourgeois se remplit de plantes et de mots, quelque chose nous enveloppe calmement. Des tableaux se succèdent sans réel liant narratif. Qui sont ces personnages devant nous ? Des russes inventés par Tchekov, dix ans après l’intrigue d’Oncle Vania ? Ou bien des acteurs grecs, offrant une image fictionnée d’eux même, dix ans après avoir monté cette même pièce ? L’indétermination ne sera jamais réglée mais qu’importe, si leurs questions sont les mêmes.

Dans l’espace enchâssé derrière l’avant scène, comme une boîte crânienne, se rejouent des dialogues, adieux et autres embrassades : Souvenirs ? Désirs ? Regrets ? On ne saura rien d’autres. Ces bribes sont là pour apporter de l’épaisseur temporelle aux personnages, un encrage social. Eux qui sur le devant de la scène apparaissent si seuls, déterminés autant qu’oisifs. Pris dans les rets d’activités inutiles qui offrent, en gestes, une forme nouvelle de Vanité.  

Oui, une conscience aigüe du temps qui passe (ou qui a passé ?), l’horloge qui tourne, les remords, les ratés. Mais la paix avec le passé a déjà était nouée. Et puisque le trio a eu le courage de regarder la mort en face, elle ne fait plus si peur. Alors dansons encore, et chantons : « Le vent se lève, il faut tenter de vivre. »

Dans les bruits de couloir qui prolongent la pièce, on nous dira « Tu n’as pas lu le désespoir et l’angoisse car tu es jeune encore. » Peut-être. Rien n’y fait, le goût qui reste n’est pas celui, amer, d’une finitude enfin consciente, mais celui du désir de vivre. Un sourire au coin des yeux aussi, car « la catharsis » aura cessé, ce soir-là, d’être seulement un joli mot que l’on apprend à l’école.

 

Vania. 10 ans après du Blitz Theatre Group a été présenté du 28 au 30 mai au Parvis Saint-Jean, Dijon (dans le cadre de Théâtre en Mai).