Jim Jarmush, <i>The Dead Don't Die</i> Jim Jarmush, The Dead Don't Die © Abbot Genser / Focus Features / Image Eleven Productions, Inc.
Critiques cinéma festival

The Dead Don't Die

Présenté pour l'ouverture du festival de Cannes, le film de Jim Jarmusch élargit la comédie horrifique à la fable écolo d'anticipation, traitée, comme il se doit, au deuxième degré. Le premier semble quant à lui avoir été définitivement abandonné après l’usage excessif qu’en a fait, durant plus d'un siècle, le cinéma représentatif/narratif, industriel ou « indépendant ».

Par Nicolas Villodre publié le 16 mai 2019

Dès sa séquence d'exposition, The Dead Don't Die présente une galerie de personnages hauts en couleurs : deux flics puis une fliquette d'un bled de l'Amérique profonde appelé « Centerville » ; un ermite vivant de cueillette et de braconnage dans les bois, témoin occulte des événements ; une barmaid et une femme de ménage d'un « diner », autrement dit un café de bord de route conservé dans son jus, au design sixties, rappelant les établissements d'American Graffiti ; un client « black », l'autre ouvertement raciste, portant casquette de baseball avec le slogan « Keep America white again » ; un directeur de motel ; un trio de jeunes hipsters voyageant dans une Pontiac vintage ; trois ados enfermés dans un foyer de petits délinquants ; un gérant de station service faisant office de drugstore, spécialiste en littérature fantastique ; une patronne de pompes funèbres...

Ce cadre posé, les péripéties burlesques et même grotesques peuvent commencer. À tout seigneur, tout honneur : l'assez long name dropping dont nous gratifie le cinéaste débute par George Romero, expert en morts-vivants dans le 7e art – d'autres artistes suivront parmi lesquels le cinéaste Samuel Fuller. Les éléments naturels commencent à se dérégler, à perturber la vie paisible du patelin, puis à devenir source d'inquiétude – l'angoisse arrivera par paliers. En dépit de la lenteur de la progression – Jarmusch, baba cool contemplatif, n'éprouve pas le besoin d'accélérer le mouvement ; l'ellipse, il ne connaît pas – et de la prévisibilité des événements – respect du genre oblige –, le film est réjouissant à plus d'un titre (celui du film provient de la chanson country éponyme de Sturgill Simpson, tune qui revient apaiser plus que rythmer la bande) : le premier mort à ressusciter n'est autre que le rocker Iggy Pop.

 

 

Les comédiens sont convaincants, les dialogues payants, l'humour noir étant de rigueur puisqu’il aborde un sujet actuel et universel, celui du « fracking » (traduit par fracturation) polaire dont ont déjà traité plusieurs films militants sur un ton alarmiste. La danse est bel et bien présente dans la fiction de Jarmusch : dans la mécanique corporelle et les déplacements choraux des goules. On note au passage que les long-métrages de ce type ont dû inspirer une chorégraphe comme Gisèle Vienne en dépit de l'absence d'humour danq ces pièces. Le réalisateur a fait appel à un « conseiller en mouvement zombie » pour les besoins de la mise en scène. Enfin, il a montré qu'il peut rivaliser avec son collègue Tarantino, programmé à Cannes avec un film à peine terminé pour l'événement : le maniement du sabre, arme utile pour qui veut combattre les morts-vivants, fait l'objet d'une belle séquence ayant exigé de la comédienne féminine une pratique du kendo. La star en question, Tilda Swinton, aguerrie à la danse depuis sa collaboration avec Olivier Saillard, n'a jamais été aussi bien filmée.

 

> The Dead Don't Die de Jim Jarmusch a été présenté à l’ouverture du festival de Cannes, jusqu’au 25 mai