<i>Toni Erdmann</i> de Maren Ade Toni Erdmann de Maren Ade © D. R.
Critiques cinéma

Toni Erdmann

Cannes 2016 (12/15)

De retour en grâce, pas loin de Grasse, d’ailleurs, à Cannes, pour être précis, le cinéma allemand, donc. Avec un film amusant, en sus. Pas hilarant, pas bidonnant, pas désopilant : le film de Maren Ade est réjouissant. Que demande le festivalier ?

Par Nicolas Villodre publié le 27 mai 2016

La réalisatrice trentenaire Maren Ade a pris pour modèle d’anti-héros son propre père et choisi de situer l’action de cette comédie proche du conte philosophique en Roumanie, à Bucarest et dans une petite ville industrielle. Le couple antinomique formé par le soixante-huitard prof de piano retraité à l’esprit farceur (Peter Simonischek) et sa fille, une jeune cadre dynamique, et même stressée, un peu plus conforme, promise à la réussite sociale au sein d’un cabinet international de conseil aux entreprises (Sandra Hüller, que nous avions découverte en 2006 à Berlin dans le film Requiem), avec laquelle il cherche à renouer des liens distendus, fait plaisir à voir, même s’il peut paraître improbable.

Le vérisme (cf. la vie quotidienne dans la résidence avec jardinet d’une banlieue allemande, les logements des ouvriers ou de la petite bourgeoisie roumaine, le bidonville de Rroms au pied de l’immeuble de la boîte de consulting), la crudité (cf. les fantasmes assumés et les addictions à l’alcool ou à la cocaïne des cadres en goguette) et la cruauté (les conséquences immédiates sur les pauvres bougres des décisions prises en matière de restructuration ou « d’externalisation ») sont la toile de fond de cette fable d’apparence gentillette.

Comme il se doit, le rythme de Toni Erdmann n’est pas celui du thriller de Schrader programmé par la Quinzaine, plutôt celui d’un Derrick de derrière le fagots. De ce fait, le film approche les trois heures. Mais qu’on ne sent pas passer. Le finale, en plan séquence caméra à l’épaule est à la fois réaliste et carnavalesque. Et la morale : Qui se dissemble s’assemble.

 

Toni Erdmann de Maren Ade, sortie française le 17 août 2016.