<i>Tour de France</i> de Rachid Djaïni. Tour de France de Rachid Djaïni. © Mars distribution
Critiques cinéma

Tour de France

Cannes 2016 (1/15)

Après Rengaine, Rachid Djaïni revient à la Quinzaine des réalisateurs avec Tour de France. Un road movie où un jeune rappeur (Sadek) et un ancien ouvrier (Gérard Depardieu) tracent leur route de port en port. Conversation imaginaire sur la croisette. 

 

Par Nicolas Villodre publié le 22 mai 2016

- A frappé fort, Waintrop, en accueillant à la Quinzaine la méga-star Depardieu, venue spécialement à Cannes soutenir l’opus (somme toute mineur) où il joue un père bourru et artiste. Bref un téléfilm de (Canal) plus sur le rap et la banlieue, signé Rachid Djaïdani, un des assistants de La haine (1995).

- Outre l’allusion à l’apprentissage des compagnons du même nom et/ou à la Grande boucle cycliste, le titre fait penser à la série de poèmes vidéographiques de Godard et Miéville, France, tour/détour, deux enfants (1978), constituée de douze épisodes ou mouvements de vingt-six minutes chaque.

- Et à la reprise de la chanson de Trenet, « Douce France », par le groupe de raï de Rachid Taha, Carte de séjour, en 1986...

- À l’époque, les Musulmans – les « jeunes des quartiers » – étaient, à ce qu’on m’a dit, appelés les Beurs.

- Le point de départ du tour en question est le pèlerinage d’un chômeur ou retraité (Depardieu) ayant pour violon d’Ingres... la peinture.

- Comédien et protagoniste partagent d’ailleurs ce goût de la chose plastique, d’après le portrait de Gérard Melloul, Gérard Depardieu grandeur nature, que j’avais vu l’an dernier à Cannes Classics.

- À ce propos, c’est sur les traces d’un des peintres « classiques », Joseph Vernet, que se déroule ce « road movie » hexagonal, du nord au sud, d’Arras à Marseille.

- Vernet, tête de turc de Baudelaire ?

- Non, il ne s’agit pas du même Vernet ! Baudelaire parle d’Horace, le petit-fils de Joseph, dont il détestait le style lorsqu’il écrivait : « Je hais cet art improvisé au roulement du tambour, ces toiles badigeonnées au galop, cette peinture fabriquée à coups de pistolet, comme je hais l’armée, la force armée, et tout ce qui traîne des armes bruyantes dans un lieu pacifique. »

- Il est fait allusion à Baudelaire dans le film lorsque le jeune rappeur Sadek, qui sert de chauffeur à Gégé, se met à réciter... L’Albatros.

- À Baudelaire et à... Serge Lama !

- C’est vrai : Depardieu donne une version assez remarquable, il faut dire, chantée-parlée, de la chanson de Lama et Dona « Je suis malade » (1973).

- Le périple rappelle aussi celui d’un autre film estampillé « Canal + » que j’avais vu à la Berlinale, Mammuth (2010).

- Effectivement. Depardieu y composait le rôle de « battu », résigné, looser.

- Je me souviens de la scène où Siné le traitait de « con » sans qu’il bronche...

- Ici, Gégé est plus crédible en « battant ».

- Mais je trouve le film un peu chiche en rap malgré, de temps en temps, quelques lignes de basse pulsant le récit.

- J’ai noté le retour d’une des disciplines du hip hop qui avait disparu des écrans, je veux parler de la démo de « Double Dutch », en l’occurrence, exécutée par des garçons !

- Au-delà des bons sentiments, le film pose la question du repli, de la méfiance entre les générations et, comme le dit froidement et sans une once de racisme, le personnage incarné par Gégé, des minorités qui n’en sont plus.

- Si la scène de contrôle au faciès est réaliste, la séquence de flirt du rappeur avec la militante écolo est un peu plus convenue.

- Comme dans les musicals, le film a une « happy end ».

- Oui, en France tout finit par des chansons.

 

Tour de France de Rachid Djaïni, sortie française non annoncée.