Convives de Johanna Levy © Max Ruiz

Tours d'Horizons

Le festival Tours d’horizons proposé par Thomas Lebrun et le Centre Chorégraphique National de Tours a été cette année étendu à Amboise, la ville qui a vu naître Léonard de Vinci. La cène et les Convives de la jeune chorégraphe Johanna Levy discutent avec Play 612, un flashback conférencier sur la carrière aventureuse de Daniel Larrieu.

Par Nicolas Villodre publié le 17 juin 2019

La cène, immortalisée par Léonard de Vinci, a forcément inspiré le film dogmatique du réalisateur danois Thomas Vinterberg Festen (1998), que la chorégraphe Johanna Levy a porté à la scène. Celle, en l’occurrence, de la nef de l’église Saint-Florentin de la ville d’Amboise située à quelques kilomètres à l’est de Tours. Dans Convives le langage de la danse a été combiné aux moyens du théâtre et enrichi de dialogues en une langue inventée, un yaourt ayant la saveur du danois sans l’être pour autant. La chorégraphie devenue mise en scène, l’expressivité, la représentativité, la narrativité ont été accentuées. Il arrive que la pantomime, discipline commune à la comédie et au ballet, prenne le pas sur les tirades en volapük - langue internationale inventée une nuit d'insomnie par un prêtre allemand en 1880 - et rende étranges, exotiques et intemporelles.

En tous les cas, chacun des convives de ce tanztheater amboisien a pu faire montre de ses qualités. Marie Barbottin, enceinte, s’est livrée à de rudes épreuves physiques. Jérémy Deglise joue en nuances, sa mine poupine étant des plus éloquentes. Gaétan Jamard, le costaud de la troupe, multiplie les acrobaties. Philippe Lebhar donne la sensation d’être taciturne. Sara Orselli est légère, éthérée, presque immatérielle. Nous n’avons, du coup, senti ni longueur ni langueur.

 

Maître Larrieu

Daniel Larrieu est revenu en terre tourangelle chargé d’une boîte à chapeau contenant un haut de forme en paille designé par Anthony Peto, d’un ordinateur portable rempli d’une playlist personnelle de musiques à danser et d’un baluchon protégeant la poupée de son confectionnée il y a de ça dix-huit ans par la styliste couturière Kite Vollard. En bonne compagnie – celle des danseurs spirituels et talentueux que sont ses partenaires de jeu Jérôme Andrieu et Enzo Pauchet –, le chorégraphe prodigue avec Play 612 un florilège de son parcours artistique. Une œuvre qu’il a présentée, pour ne pas dire animée, sous la forme ludique d’un tirage au sort de morceaux préalablement bien choisis et, surtout, sus par cœur par les membres du trio.

Prenant au sérieux et le jeu et sa règle, ainsi que son rôle de maître de cérémonie, il a préféré laisser l’improvisation aux commentaires et non à la restitution des routines gestuelles, lesquelles ont été professionnellement répétées avec le temps nécessaire. Le hasard – que les anglo-saxons appellent « chance » – était réservé à l’ordre de présentation des numéros ou des extraits au nombre d’une douzaine lors de cette soirée. Le concept même de la conférence dansée ou de la danse commentée de Daniel Larrieu est finalement assez proche des Events de John Cage et de Merce Cunningham, deux grands adeptes de l’accidentel.


> Convives de Johanna Levy et Play 612 de Daniel Larrieu ont été présentés le 13 juin dans le cadre du Festival Tours d’Horizons du Centre Chorégraphique National de Tours