<i>Cirque</i> de Cécile Loyer Cirque de Cécile Loyer © p. Géraldine Aresteanu

Women's voices

Dans un solo accompagnée par quatre personnalités féminines oubliées - une comtesse, une actrice, une chanteuse et une cosmonaute - Cécile Loyer fait son Cirque au festival Art danse.

Par Léa Poiré publié le 30 janv. 2017

 

One woman show subtilement écrit et intensément interprété, Cirque de Cécile Loyer fait monter la température dans un raout total. Oser est le maître mot de cette chorégraphie pour une danseuse, un musicien et une multitude de présences féminines qui transitent, apparaissent et disparaissent.

Cécile Loyer, dos courbé, kimono fleuri, sandales japonaises traditionnelles et perruque noire ébouriffée fait son apparition à petit pas. La voilà dans la peau d’Izumo no Okuni créatrice oubliée du théâtre Kabuki qui deviendra ensuite exclusivement masculin. La référence n’est pas anodine car c’est en résidence au japon que Cécile Loyer se confronte au pouvoir du rire : « J’y ai eu un choc sur le plan des relations, des rencontres, qui créaient beaucoup de malentendus. Mais un jour je suis allée au théâtre à Tokyo et dans la salle il n’y avait que des Japonaises. Sur scène, une pianiste italienne pulpeuse avec une grande robe rose faisait le clown, et nous avons toutes rigolé d’un même rire franc, effaçant les problèmes de communication. Quelque chose s’est lâché dans ce plaisir ».

 

 

La danseuse et chorégraphe incarne ensuite Claudine Longet, actrice et chanteuse française partie faire carrière aux États-Unis mais dont la gloire fut rapidement éclipsée par une sombre aventure. Puis c’est au tour de Valentina Terechkova, première femme à être allée dans l’espace, mais dont le nom n’évoque plus que de vagues sonorités russes. Sans être un spectacle féministe, la pièce interroge avec un humour décapant le rapport des femmes avec l’histoire et la mémoire collective avant de se terminer sur une rencontre fortuite. Celle de la comtesse de Castiglione, figure délurée à la beauté jalousée et modèle des premières photographies.

Au plateau, Sylvain Chauveau musicien et témoin masculin de la cohorte de femmes ici convoquées, tire sur la corde sensible. Voix suave, guitare à la main, menant sa vie auprès de ses instruments, il se laisse faire ou défaire par les sollicitations de Cécile Loyer qui revêt sa propre identité pour s’adresser à lui. Une piqure de rappel à la réalité. « Ces femmes connues, qui l’ont été, et celles inconnues, sont aussi mes femmes à moi, mes ombres, mes personnages qui peuvent aussi appartenir à tout le monde. Ce sont des figures féminines d’une grande fragilité qui dans le même temps ont une force dans la folie, dans la précision, dans la générosité » confie-t-elle. Cirque titille les caricatures sans jamais dépasser la barrière du mauvais goût, on en ressort sourire au lèvres tout en se demandant combien de femmes remarquables disparaissent dans les limbes d’un oubli collectif.

 

> Art danse du 17 janvier au 1er février, Dijon
> Cirque de Cécile Loyer, le 2 mars au Triangle, Rennes ; le 17 mars au théâtre Beaumarchais, Amboise ; le 31 mars à la Halle aux grains, Blois ; les 7 et 8 avril à la scène nationale d’Orléans