Raphaël Illias, <i>Disposer du vent</i>, Raphaël Illias, Disposer du vent, © D.R.
Critiques arts visuels

Tenir l'écart

Disposer du vent, l’installation de Raphaël Ilias se voit prolonger jusqu’en octobre 2018 au Frac Pays de la Loire. Retour sur cette discrète qui a su s’imposer.

Par Léa Chauvel-Lévy publié le 13 juil. 2018

Elle passe inaperçue. De prime abord, on ne la voit pas. Et pour cause, elle se décèle à son bruit, par les voies de l’air. C’est son vrombissement qui nous fait tourner la tête vers le ciel. En hauteur, une petite cinquantaine de feuilles de polyester s’agitent comme le ferait le feuillage d’un arbre.

Comment réintroduire de la nature dans un espace de monstration ? C’est la question que semble poser cette installation sonore. Son dispositif est à la fois d’une grande simplicité – des feuilles, des pinces à dessin qui les maintiennent – et d’une complexité stupéfiante par le circuit et les moteurs qui l’animent. Le silence, puis l’agitation. Deux temps : celui de l’arrêt, puis de la reprise. Sur plus de 24 mètres, suspendus au plafond du Frac, cette danse court comme des frissons le long d’une échine. Délicate, elle semble chuchoter son action, timidement. Mais elle est forte. Aussi, le Frac a-t-il décidé de la prolonger tant elle se fond dans le décor.

Raphaël IIias, Disposer du vent

 

Espace et son se répondent dans cette partition sensible orchestrée par Raphaël IIias, très influencé par les travaux de John Cage et La Monte Young. Le son provient d’enregistrements d’une ville, Mérida, au Mexique où l’artiste s’est rendu lors d’une résidence. Tous les jours, il a prélevé et extrait du bruit assourdissant de cette ville plate du Yucatan, des cliquetis ou des tintements. D’abord il y avait les voitures, inaudibles et frustrantes par leurs fréquences, puis, plus satisfaisants, des vendeurs ambulants et leur clochette. Et ce train de marchandise qui passe trois fois par jour et s’entend de n’importe quel endroit de la ville. Cette méthode d’exploration du réel a permis à Raphaël Ilias de dessiner une géographie sonore. Comment le son constitue-t-il un espace dans lequel on peut prendre ses repères ? Tel était le point de départ de cette installation. Il fallait ensuite faire vivre de façon autonome ces bruits des rues par un programme électronique et informatique qui permettrait au son de faire bouger les feuilles-robots, cette nature réinventée. Transformer un bruit de la nature et de la ville en partition. Guider l’aléatoire. Contrôler par 48 moteurs de modélisme trafiqués une ville en mouvement et la faire rentrer dans une grille. Le résultat est précis, réglé : les séquences s’enchaînent et donnent un corps sonore à  l’immatériel.

Les visiteurs se laissent surprendre par ce vent artificiel, cette bourrasque vibrante qui s’arrête nette dans sa course. Pour reprendre, plus prévisible que le réel.

 

> Tenir l’écart, jusqu’au 30 octobre 2018 au Frac des Pays de la Loire