Affiche Rencontre Nationale Danse 2013 © D.R.
politique Danse

De quoi Laurent Van Kote est-il le nom ?

Laurent Van Kote

 

Triste pays qui ne croit plus en ses valeurs: ayant ainsi porté si haut le flambeau de la danse, la « délégation » de cet art, auprès de la Direction générale de la création artistique, est aujourd’hui entre les mains d’un curieux révisionniste.

Par Jean-Marc Adolphe

 

Avertissement : ce texte n’est en rien une attaque personnelle. De la personne dont il sera ici question, ne m’intéresse en rien la vie sexuelle, religieuse, politique, pas davantage que ne m’intéressent ses goûts vestimentaires, les lectures qu’il affectionne, les musiques qu’il écoute, les plages où il passe ses vacances. M’intéresse en revanche la fonction qu’exerce Laurent Van Kote au sein du ministère de la Culture : il est, depuis mars 2010, délégué à la danse à la Direction Générale de la Création Artistique, après avoir été successivement danseur et chorégraphe dans les années 1980, directeur des spectacles au Parc Astérix, puis (après avoir avalé un tube de potion magique ?), inspecteur de la musique et de la danse à la Drac Rhône-Alpes où il n’a pas laissé que de bons souvenirs aux compagnies chorégraphiques qui eurent à le fréquenter. C’est que, « frustré de nature », comme il se définit lui-même dans une vidéo produite par le Centre National de la Danse sur la reconversion des danseurs, Laurent Van Kote semble avoir quelques problèmes personnels à régler avec la danse.

Mais le plus grave est qu’il a fini par échouer… au plus haut niveau de délégation d’un art pourtant infiniment respectable au ministère de la Culture. Et que ce « délégué » se comporte de la plus étrange des façons. J’avais narré ici-même dans quelles conditions, lors de la succession d’Emmanuelle Huynh au Centre national de la danse d’Angers, il s’était autorisé la liberté de prendre le contre-pied de la position tenue par le ministre de la Culture (alors Frédéric Mitterrand), c’est-à-dire de s’affranchir de la tutelle de son ministre, pour intriguer et placer à sa guise Robert Swinston à la direction du CNDC. Révélée en exclusivité sur mouvement.net le 24 avril 2012, cette information n’avait alors provoqué d’autre remous qu’une vague promesse de « cassage de (ma) gueule » par un journaliste ami de M. Van Kote (même pas peur !). Certains n’avaient pas cru Mouvement, imaginant peut-être que nous sommes incapables de mener un véritable journalisme d’investigation, fut-il culturel. Aujourd’hui, l’information est confirmée par Frédéric Mitterrand lui-même, dans les dernières pages de son rocambolesque et passionnant ouvrage, Récréations, qui vient de paraître aux éditions Robert Laffont.

A la date du mercredi 25 avril 2012, l’ancien ministre de la Culture et de la Communication :

« Tentative pour maintenir Emmanuelle Huynh au Centre de la danse contemporaine d'Angers. Je découvre un véritable complot pour l'évincer derrière mon dos entre le délégué à la danse du ministère et la mairie d'Angers. Ce pourrait être un acte de la comédie de la fourberie ordinaire, mais c'est surtout une vraie saloperie. Convoqué, le délégué se tord comme un ver de terre : « C'est pas moi, c'est pas moi. » Encore un qui attend le 6 mai avec impatience. »

Mais dans quel pays vit-on pour qu’un fonctionnaire puisse ainsi s’affranchir de l’autorité publique pour privilégier de petits arrangements privés sans être mis à pied et sanctionné ? Il ne faut sans doute plus s’étonner de rien, et pas davantage que le fautif devienne récidiviste, en toute impunité. Récemment, dans la difficile absorption de la Cinémathèque de la Danse (sous statut de loi-association 1901) par le Centre national de la danse, Laurent Van Kote a menacé la Cinémathèque de la danse, pour obliger ses responsables à accepter les conditions exigées par Monique Barbaroux (alors directrice du CND), de l’arrêt pur et simple de tout subventionnement. Selon les renseignements pris à l’époque, il avait de nouveau agi de son propre chef, sans être expressément mandaté par la ministre de la Culture ni même le directeur général de la création artistique. On pourrait appeler cela un crime de lèse-majesté, ou pour le moins, un acte de forfaiture. Dans le secteur privé, de tels agissements auraient immédiatement entraîné une procédure de licenciement pour faute grave. Pas au ministère de la Culture, qui se transforme ainsi en maison de tolérance… L’immeuble où se sont installés depuis 2004 les services centraux du ministère de la Culture et de la Communication n’est pas nommé pour rien les Bons Enfants !

Laurent Van Kote peut, quant à lui, tranquillement poursuivre son travail de sape. Parmi les témoignages que nous avons recueillis ces derniers jours (enquête difficile : comme pour le CND, des artistes hésitent à confier des choses, et ceux qui le font confidentiellement réclament le plus strict anonymat), saluons le courage de la journaliste Sabrina Weldman, qui a initié un nouveau festival parisien, ZOA (dont Mouvement a été partenaire de l’édition 2013). « J’étais allée le voir en juin 2011, de la part de Pierre Lungheretti » [alors directeur de cabinet adjoint de Frédéric Mitterrand – Ndlr]. « Il m'a donc reçue au moment où je préparais la première édition de ZOA. Après m'avoir écoutée, il m'a dit qu'il n'aiderait pas le festival car, selon lui, les artistes émergents étaient suffisamment aidés. Des initiatives soutenues existaient plus qu'il n'en fallait, d'autant plus qu'aider un émergent est régulièrement infructueux : l'artiste se révèle ne pas être bon et ne poursuit pas son parcours ; c'est souvent une aide à perte !!! Mon impression, toute subjective, était qu'il avait des comptes à régler avec la danse contemporaine, la nouvelle génération... »

Il semble bien que ce ne soit pas seulement vis-à-vis de la « nouvelle génération » que Laurent Van Kote ait « des comptes à régler ». Ainsi, tout récemment, à Vannes, le 22 novembre 2013, lors d’une « Rencontre nationale danse » consacrée aux « arpenteurs des années 80, entre héritage et transmission », le délégué à la danse a réussi l’exploit de faire un exposé sur ces années pionnières, en ne parlant que des mécanismes ministériels d’aide à la création (que dans la salle, tout le monde connaissait déjà par coeur), sans citer un seul nom d’artiste ! Il est bien connu que la danse n’est pas faite par le corps des danseurs et chorégraphes, pas à pas sur le plancher des studios de danse, mais par des fonctionnaires zélés qui foulent la moquette des bureaux de la rue de Valois.

Quand on tend à effacer l’histoire des corps, le mot qui s’impose est celui de révisionnisme… Et la seule question qui puisse être posée est la suivante : que fait-encore, sous un gouvernement « de gauche », un tel personnage à la délégation à la danse ? Que ne l’a-t-on envoyé se refaire une santé comme conseiller à Wallis et Futuna pour inspecter la danse des requins du Pacifique ? Si Laurent Van Kote est encore en poste, c’est que le problème dépasse de loin sa personne. Ou en d’autres termes, de quoi Laurent Van Kote est-il le nom ? Que l’on imagine qu’avant lui, à la délégation à la danse, se sont illustrées des personnalités telles que Igor Eisner et Françoise Adret, Brigitte Lefèvre, Jean-Christophe Paré, qui furent chacun à leur manière, de vrais militants passionnés au sein du ministère. Il est triste de constater que le nom de Laurent Van Kote est aujourd’hui celui d’une absence de véritable politique pour la danse. Certes, la toute récente nomination de Mathilde Monnier à la direction du Centre national de la danse, laisse augurer un nouveau souffle pour cet Etablissement Public « Industriel et Commercial ». Mais de même qu’une hirondelle ne fait pas le printemps, une Mathilde Monnier ne fera pas à elle seule toute l’embellie dont la danse a besoin. Aurélie Filippetti a semble-t-il commencé à reprendre les choses en mains, comme le Premier ministre l’a fait avec Bercy. Il était grand temps ! Mais il reste encore à la ministre de la Culture et de la Communication, bien du pain sur le plancher des danseurs.