Sisters with Transistors de Lisa Rovner © Courtesy de l'auteur
Musique cinéma

FAME 2021 (en ligne)

Salles de concerts comme de cinéma semblent reléguées à une époque lointaine ? Consolons-nous (un peu) avec l’alléchante programmation en ligne du festival FAME (Festival international de films sur la musique), concoctée par la Gaité Lyrique.

Par Julien Bécourt publié le 19 févr. 2021

S’échappant des conventions du documentaire pour emprunter les voies de traverse du cinéma d’auteur, les films en compétition proposés cette année trouvent un écho particulier en cette période de crise. De la house à la noise en passant par le cloud rap, la musique y apparaît à la fois comme espace de liberté et bastion de la dissidence. Dans le très attendu Bring down the Walls de l’artiste-cinéaste Phil Collins (à ne pas confondre avec le chanteur du même nom), la dance music est indissociable des revendications politiques et sociales. Lors d’un grand rassemblement annuel à New York dans une caserne de pompier désaffectée, activistes, anciens détenus et travailleurs sociaux prennent le micro pour clamer leur révolte contre un système carcéral discriminatoire, avant de laisser la place au dancefloor le plus grisant. Un film-manifeste qui démontre toute la portée subversive du genre musical, dans sa vocation à libérer les corps de l’esclavagisme contemporain.

 

 

Sur un autre registre, bien ancré dans les années 2010, American Rapstar de Justin Staple, retrace la genèse du cloud rap, sous-genre et courant éphémère dans lequel de jeunes rappeurs afro-américains adoptent une attitude punk et des codes esthétiques aux antipodes du mainstream, entre trap et vaporwave. On y voit comment un microphénomène low-fi prend forme localement, pour se propager partout dans le monde par la magie des Internets, avant de se cramer les ailes et de sombrer dans l’oubli. Dans Dark City – Beneath the Beat de Tedra Wilson, c’est la club culture de Baltimore qui est mise en lumière, dans une débauche de sons, de couleurs et de danses ahurissantes. Autant de scènes qui démontrent encore la capacité de résistance des communautés, soudées dans l’urgence face à une politique d’exclusion de tout ce qui se distingue de la norme WASP.

 

 

Parmi les propositions les plus singulières, À qui veut bien l’entendre de Jérôme Florenville, dresse un panorama non exhaustif des pratiques sonores bruitistes ou extrêmes. Entre captations de performances et tables-rondes, le film porte un regard neuf sur la scène noise en proposant un échange constructif entre certains de ses protagonistes.

 

 

Autre film très attendu, Sisters with Transistors de Lisa Rovner s’attache aux pionnières de la musique électronique – de Clara Rockmore à Eliane Radigue – qui ont longtemps œuvré dans l’ombre des hommes. Narré par Laurie Anderson, le film rend justice à leur musique visionnaire et leur réattribue leur place si cruciale dans l’histoire des avant-gardes. Il était temps !

 

On a très hâte également de suivre les tribulations du génial groupe garage-punk Country Teasers dans This film should not exist, de naviguer sur un bateau ivre en compagnie de Shane MacGowan, leader des Pogues, dans Crock of Gold de Julian Temple, ou de tenter de percer le mystère de Talk Talk, groupe maudit s’il en est, dans le documentaire In a Silent Way, de Gwenaël Breës. Jamais l’avachissement dans un canapé pour cause de couvre-feu n’aura autant suscité l’envie de se bouger les fesses, à tout point de vue.

 

> FAME (en ligne), jusqu’au 25 février sur le site de la Gaité Lyrique