politique

Nous sommes le ministère de la Culture

Extraits d’un « appel à dissidence » paru en décembre 1996 dans l’un des tout premiers numéros de Mouvement.

 

Par Jean-Marc Adolphe

 

Nous sommes le ministère de la Culture.

C’est-à-dire : nous exerçons, au quotidien, le ministère de la Culture.

Nous : artistes, créateurs et interprètes, public et spectateurs, médiateurs, directeurs, conseillers artistiques, techniciens du spectacle, personnels de théâtres et des centres d’art, etc.

Exerçons : soumettons à une activité régulière, en vue d’entretenir ou de développer ; mettons en usage, faisons agir ; pratiquons…

Au quotidien : jour après jour.

Ministère (du latin ministerium, métier) : action que l’on doit remplir, sacerdoce, action de celui qui sert d’instrument.

Culture : développement de certaines facultés de l’esprit par des exercices intellectuels appropriés ; ensemble des connaissances acquises qui permettent de développer le sens critique, le goût, le jugement.

Nous sommes porteurs d’un connu et d’un inconnu, d’un peu de savoir patiemment glané au fil de l’expérience, et chaque fois rejoué dans l’incertain de la création, de l’échange, de la propagation.

Nous produisons du sens, nous accueillons ce qui vient. (…)

Exercer le ministère de la Culture est, pour nous, une façon d’être au monde.

Nous avons parfois besoin d’un certain retranchement, mais nous aimons aussi créer du lien. (…)

Contre peu, on nous demande beaucoup. De « missions » en « contrats d’objectifs », on assujettit chaque jour davantage la liberté de création de l’artiste à des normes administratives, économiques, sociales et politiques. Nous n’avons jamais contesté l’usage du « contrat public » qui détermine la « subvention ». Nous constatons toutefois qu’en quelques années, la contractualisation des libertés est devenue, globalement, contractualisation des contraintes. Or nous prétendons qu’une part essentielle de la création artistique n’est redevable d’aucun marchandage sur les conditions de sa production et de son échange. (…)

Nous ne voulons pas de quelques subventions supplémentaires octroyées contre bons et loyaux services d’animation.

Nous œuvrons pour de tout autres choix culturels, et nous attendons d’une « démocratie culturelle » qu’elle cesse de soumettre à la création artistique à des impératifs de gestion à court terme et qu’elle reconnaisse le droit de dissidence.

 

(Texte repris dans Crise de la représentation, éditions L’Entretemps, 2003).