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08/04 > 24/04/2010 - PARTOUT EN FRANCE
Rassurante étrangeté
Chapelier fou en tournée

Alors que 613, son premier « vrai » album est dans les bacs, Chapelier fou entame une tournée française. Virtuose du violon passé maître en samples, il crée une musique étrangement familière, à la fois intrigante et teintée d’influences.

Il n’a pas la coiffe d’un Jamiroquai, ni le chapeau de cow-boy d’un Ali Farka Touré. Ce soir, au Bataclan, c’est un béret tout ce qu’il y a de plus gris que Chapelier fou enlève à la fin du concert pour saluer. C’est qu’il n’adore pas tant les chapeaux, même s’il en avait un le jour où nous l’avons rencontré. Lewis Caroll ? Oui, il aime bien. Mais on lui a donné son nom, à l’époque du lycée, « par hasard, à cause de quelques samples empruntés à Alice aux pays des merveilles ». De là à créer une identité à la mode, il n’y a qu’un pas, que Louis Warynski (son vrai nom) ne franchit pas. « Je ne cherche pas à développer un personnage scénique. Je ne veux pas m'enfermer, ni que les gens sachent à quoi s'attendre. »

Et en effet, cette fois-là, sur scène, on ne s’y attendait pas. Ses disques laissaient imaginer un musicien agile, jonglant entre samples et instruments, c’est véritablement un homme orchestre qu’on voit à l’œuvre. Chapelier fou joue du violon avec la guitare sur le ventre, tient son archet entre deux doigts pour taper sur des touches, croise les mains sur ses claviers (ordinateur/synthé), les pieds sur ses pédales… Il a un côté prestigitateur quand il lance une boucle et se saisit tout de suite d’un second instrument. Tout ça en prenant le temps de se pencher sur son synthé, l’oreille tout près, comme on règle une mécanique folle.

C’est le tic tac mat d’une horloge mal réglée. Un monde étrangement familier et pourtant singulier, dans lequel on croit reconnaitre des extraits de musiques tout en restant suspendu aux notes inattendues. Si on donne souvent Chapelier fou pour cousin de Yann Tiersen, à cause du violon, ou petit frère de Four Tet, pour le côté électro, il revendique d’autres influences, plus discrètes. « C'est ce que j'entends par "influence", quelque chose qui déclenche une idée, pas quelque chose que l'on imite. Par exemple, c'est la musique de Autechre qui catalyse souvent en moi des idées, mais ma musique ne ressemble en rien à la leur. » Et de citer encore Arvo Part ou Ligeti. « Ce que j'essaye de faire, et ce que je souhaite à tout musicien, est très simple : retenir des choses marquantes dans toute la musique qui nous entoure, et ensuite prendre une direction personnelle. »

« Bizarre », « comme tout est bizarre » dit une voix dans Les prières à Complies, un des morceaux de 613, premier « vrai » album du Chapelier fou. Bizarre. Pourquoi « 613 » ? L’intéressé explique : « La pochette représente un fruit ouvert, déversant un torrent de confettis multicolores. L'idée m'en est venue en entendant une émission à la radio. On y parlait des 613 pépins de la grenade. J'aime l'idée que la nature puisse produire des choses si étranges. J'aime l'idée que de telles choses puissent être cachées. J'aime le fait que certains nombres soit indivisibles. » Il se passe ici quelque chose d’étrange, en effet. Une sorte de magnétisme dans la veine minimaliste, mais où Steve Reich aurait croisé Birdy Nam Nam.

Et même si Louis Warynski ne s’en revendique pas, on ne peut s’empêcher de penser, nous, au personnage de Lewis Caroll. Surtout quand ledit Chapelier sermonne Alice : « Si vous restiez en bons termes avec le Temps, il ferait faire aux pendules à peu près tout ce que vous voulez. » C’est donc ça. Rester bloqué à 6h, l’heure du thé, transformer le rituel en boucles méditatives, dans lesquelles le temps n’existe plus, mais le rythme, oui.


> Chapelier fou, 613, Ici d’ailleurs/Discograph.
En tournée le 8 avril à Roubaix (La Cave aux poètes), le 9 à Avranches (Salle Victor Hugo), le 14 à Toulouse (Le Rex, avec Smooth), le 16 à Bourges (dans le cadre du Printemps de Bourges), le 21 à Niort (Espace Q, avec Le Peuple de l’herbe), le 22 à Saint-Ouen (Mains d’Œuvres) et le 24 à Agen (Le Florida, avec Nosfell).

Pascaline Vallée
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