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27/05 > 08/08/2010 - LE PLATEAU
Charles Avery, où tu noumène ?
L’exposition Onomatopeia part 1 au Plateau-Frac Ile-de-France

The Islanders, projet mené par l’artiste Charles Avery depuis 2004, est au c½ur de l’exposition Onomatopeia présentée au Plateau. Une plongée dans un monde à la fois fictionnel et critique de notre société.

Au Plateau-Frac Ile-de-France, se déploie pour la première fois en France dans une exposition personnelle, l’½uvre de fiction de Charles Avery conçue autour d’un monde imaginaire : The Islanders. Une ½uvre proliférante et parodique, à laquelle le jeune artiste écossais (né en 1973) a dédié sa vie depuis 2004.

Mêlant textes et dessins réalistes, le projet The Islanders remarqué par le commissaire d’exposition Xavier Franceschi fait appel à bien d’autres médiums comme la sculpture en bronze de facture classique, la taxidermie, la chapellerie ou encore l’installation filmique. Pour Nicolas Bourriaud avec lequel il s’est entretenu le 17 juin à l’occasion de la sortie de son catalogue Onomatopeia The Port, son véritable médium serait la fiction.

Obéissant rigoureusement aux règles de la perspective, les dessins réalisés avec brio par Charles Avery sont proches de la caricature et des illustrations des explorateurs du XIXe siècle. Malgré la référence assumée à ces genres désuets mis au service de son récit, les dessins transcrivent un univers proche du nôtre. L’architecture, les éléments typographiques des campagnes publicitaires et les tenues vestimentaires des personnages, leurs appareils photos en bandoulière reflètent parfaitement notre époque et le tourisme de masse.

Dans une salle, un projecteur super 8 passe en boucle un pseudo film scientifique réalisé en images de synthèses, puis refilmées en super 8. Charles Avery joue du contraste rétro/contemporain et appose symboliquement un filtre sépia à ses ½uvres. Cette captation filmique décrit les trajectoires du vol des oiseaux de l’archipel Onopatopeia, soit les équations parfaites de la lemniscate, cette courbe mathématique en forme de 8, symbole de l’infini.

Autre présence majeure d’une courbe mathématique, celle de la spirale, élément central de la cartographie d’Onomatopiea, sise en début de parcours, aux côtés du serpent tenant en équilibre sur son unique bras, empaillé dans une contorsion au dynamisme et à la vitalité jubilatoires.

Représentée autour de ce point nodal, la spirale symbolise l’expansion spatio-temporelle de ce monde artificiel. « Not ending is the center » (l’inachèvement est le sujet central) affirme Charles Avery à Nicolas Bourriaud. Ce principe régit « la structure même de l’univers », poursuit-il. Sur ce planisphère, le nom des sites se réfère à des concepts issus de la philosophie, de la linguistique, voire de la mystique pythagoricienne. Disseminés, ils composent la matérialité géographique d’Onomatopeia, en soi une figure linguistique de l’indéterminé.

Comme Marcel Broodthaers qu’il cite volontiers dans ses dessins et ses textes, il se penche sur les thèmes du tourisme de masse et de la boulimie de paysages liée à des sources d’émotions esthétiques codifiées. Ainsi de La Lorelei et du Rhin romantique, « l’ombilic du territoire allemand » selon Marcel Broodtahers, avec lequel il partage cette méthode de la fragmentation, cette tactique de la dissémination et de l’articulation mytho-critique.

Sur Onomatopeia, la Lorelei est remplacée par le « Noumenon » : « Je doute sérieusement du Noumenon, me demandant si je n’ai pas offert mes os en sacrifice à la poussière anonyme de la plaine et mis ma vie en péril pour une chimère. (Une fois mort sans résurrection possible, j’imagine que le lièvre s’approchera délicatement de mon corps, que mon anneau grenat ira enrichir sa collection lorsque la chair de mes doigts sera pourrie.) », écrit la narrateur-hunter (car le narrateur est en fait un chasseur et de surcroît une métaphore de l’artiste).

Le « Noumenon », ou le noumène signifie chez Platon l’idée de la réalité intangible. Chez Kant il se réfère à ce qui est au-delà de l’expérience, soit le monde des idées en opposition aux phénomènes. Dans l’Epilogue, ce concept philosophique longuement débattu s’incarne en une « bête appelée Noumenon [qui] vit dans cette atmosphère réifiée, l’inconnu ». « Certains viennent seuls pour ne pas inquiéter la créature, avec l’espoir de l’enchanter, raconte le narrateur. Le témoignage de tels solitaires est cependant écarté comme l’hallucination de l’utopiste ou l’élucubration du charlatan. D’autres viennent accompagnés pour que leurs dires puissent être corroborés. Pas un seul n’a triomphé. »

Lors de la rencontre avec Nicolas Bourriaud, Charles Avery caresse distraitement le lièvre, cette pièce énigmatique éclairée plein phare qui trône en excipit de l’exposition. Un lièvre arrogant juché sur ses deux pattes arrière, qui tend narquois au public, dans l’attitude d’un prédateur féroce, ses pattes chargées de bagues, celles des chasseurs-artistes morts.

Dans la droite lignée d’un certain Bugs Bunny (de Tex Avery cette fois-ci), le lièvre-charognard de l’histoire de l’art conçu par Charles s’enorgueillit avec coquetterie de récupérer un trophée de cette chasse de l’artiste en quête de la réalité intangible…
Il jubile de voir ces chasseurs-prédateurs périr sans jamais parvenir à leur fins et sourit d’empocher le magot de cette quête perdue d’avance.

> Charles Avery, Onomatopeia part 1, du 27 mai au 8 août au Plateau-Frac Ile-de-France, Paris.

Crédits photos :
Charles Avery, (Untitled) Bejewelled Hare, 2009. Courtesy : Charles Avery.

Katia Feltrin
en bref
Charles Avery, où tu noumène ?
27/05 > 08/08/2010

LE PLATEAU
33, rue des Alouettes
75019 Paris
01 53 19 88 10
à visiter
le site du Plateau-Frac Ile-de-France
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