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07/02 > 06/05/2012 - PARTOUT EN FRANCE
Nasser Djemaï à la rencontre des chibanis
Sur les brisées de la parole
Nasser DJEMAÏ
Invisibles, de Nasser Djemaï, est à voir au Tarmac, à Paris, du 7 au 18 février. Puis à Bourges, Cergy-Pontoise, Saint-Nazaire et Lausanne.
[…] Consacré aux chibanis(1), Les Invisibles s’est construit à partir du recueil de paroles qu’a effectué Nasser Djemaï auprès de ces immigrés appelés en France dans la foulée de l’indépendance, pour faire carburer à bas coût la croissance triomphante des Trente Glorieuses. Djemaï s’est attaché plus particulièrement à ceux, nombreux, qui ont décidé de ne pas appeler leur famille à les rejoindre ici, de vivre au rythme d’aller-retour entre la France et le bled. Ceux-là même, qui, aujourd’hui, doivent se battre sans cesse pour faire valoir leurs droits à la retraite.
Ces blancs, les chibanis ont contribué à les entretenir, affirme Nasser Djemaï. « Culturellement, ces hommes parlent moins que les femmes. Et la plupart sont issus d’une génération de paysans recrutés parce qu’ils étaient travailleurs, plus malléables parce que peu instruits. De plus, c’est une génération qui a développé un complexe d’infériorité, qui a appris à baisser la tête. Leur mot d’ordre a toujours été de ne pas faire de vagues. Tellement on était fliqué en Algérie pendant la Guerre d’indépendance. Puis en France, où ils étaient perçus comme potentiellement dangereux par la société. » Nasser Djemaï est donc allé les rencontrer à Grenoble, ville où il a grandi, où il travaille, où son propre père s’est installé peu avant sa naissance, en 1970. « Ca a été très difficile de les faire parler de la Guerre d’Algérie. La situation apparaît pour eux d’une telle complexité. Certains algériens étaient enrôlés dans l’armée française. Le peuple algérien était pris en étau. Et beaucoup de questions demeurent très sensibles, à l’instar de celle des harkis. »
[…]
L’absence de la famille
« Pour Les Invisibles, je ne voulais pas faire un documentaire, ni un livret d’histoires. J’ai donc choisi une fenêtre qui est celle de l’absence de la famille. Ces hommes ont subi un arrachement à leur terre natale et à leur famille. Ils se sont bousillés au travail et ont vécu isolés et pauvres. C’est là où le théâtre doit aller sans tomber dans le piège du misérabilisme ou de la revendication. En référence au mythe d’Enée, mon héros part à la recherche de son père dans une marche entre la vie et la mort. »
(extrait de « Sur les brisées de la parole », paru dans Mouvement n° 62, janvier-mars 2012)
1. Chibani désigne un vieux en langue arabe, avec les connotations associées de respect et de sagesse.
> Invisibles, texte et mise en scènede Nasser Djemaï, du 7 au 18 février au Tarmac, Paris ; les 22 et 23 février à la Maison de la Culture de Bourges ; du 20 au 22 à l’Apostrophe / Scène nationale de Cergy-Pontoise ; le 29 mars au Fanal, Saint-Nazaire ; du 25 avril au 6 mai au Théâtre Vidy-Lausanne.
> Trois rendez-vous au Tarmac en entrée libre sur réservation au 01 43 64 80 80 : Apérilivre avec le romancier algérien Abdelkader Djemaï, le 8 février à 19h au Tarmac, Paris. Soirée spéciale Mustapha Kharmoudi, le 11 février à 19h à l'occasion de la sortie du recueil des textes L'Humanité tout ça tout ça et Ce rien de courant d'air qui fait qu'on a froid dans la collection Le TARMAC chez Lansman. Débat « Sur la Toile, la rage : de la cyber dissidence dans les révolutions arabes », le lundi 13 février à 20h avec Pierre Haski (journaliste et fondateur de Rue 89), Fabrice Epelboin (Read Write Web, journaliste), Nadia Kamel (réalisatrice et activiste égyptienne)...
Eric Demey |
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Nasser Djemaï à la rencontre des chibanis
07/02 > 06/05/2012
PARTOUT EN FRANCE
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Le site de Nasser Djemaï
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