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Sans aller jusqu’à dire que tous les journalistes musicaux sont des musiciens frustrés– nombre des collaborateurs d’Octopus sont d’ailleurs musiciens-, cette profession n’est pas exempte de frustrations: la musique, comme chacun sait, il est incomparablement plus agréable de la vivre que de l’analyser. Mais pour un journal, organiser un « festival » est un moyen inespéré de donner corps, en temps réel, à un propos, une esthétique, une « ligne éditoriale ». Nous en rêvions depuis longtemps. La musique est un organisme vivant et protéiforme, et elle n’est jamais aussi vivante que lorsqu’elle se fait, sous nos yeux. En accordant, dans ces pages, une place constante aux comptes rendus de concert, Octopus n’a jamais voulu perdre de vue que c’est essentiellement par le concert, l’expérience du jeu ensemble, et en direct, que se consolident des parcours de musiciens. Parcours dont les disques, désormais proliférants, sont comme des instantanés, des images arrêtées.
Protéiforme, la musique l’est d’autant plus aujourd’hui que jamais les vocations n’ont été aussi nombreuses. Même si voilà un nouveau motif de frustration pour le journaliste musical (comment faire état de tout ce qui se fait ?), il est difficile de ne pas s’en réjouir. Octopus s’efforce d’ accompagner et de soutenir les musiciens dans leur démarche, en se jouant, comme eux, des frontières, stylistiques ou géographiques, et en se méfiant autant du formatage de la mode que du terrorisme de l’underground. Les cinq soirées de concerts (plus deux à Pau et Bordeaux), allant du rock – dans tous ses états – aux musiques électroniques – des plus abstraites aux plus dansantes – en passant par les musiques du monde et les musiques improvisées, sont conformes au propos comme à l’esprit d’Octopus. Elles reflètent fidèlement les goûts de ses différents collaborateurs, bien qu’ imparfaitement: il aurait fallu y inclure aussi la musique contemporaine ou électroacoustique, l’ambient et la chanson, le dub et 2-step, le hip hop, le jazz, voire mélanger les genres… mais ce sera pour une prochaine édition. Investissant les salles les plus diverses de Paris (et de province), elles n’en opèrent pas moins un maillage musical qui, idéalement, pourra aider à esquisser de nouvelles géographies musicales, des espaces de rencontres.

David Sanson
Rédacteur en chef d’Octopus